la descente
J’ai refait dans la prison déjà désaffectée, déserte, noire et lugubre comme un cercueil de pierre, le trajet que suivirent les six condamnés, depuis le corridor des cellules du premier étage, où ils étaient enfermés, jusqu’au mur au pied duquel les couchèrent les balles des exécuteurs.
La cellule de l’archevêque était l’avant-dernière, à droite, dans le corridor. Elle était numérotée 23, la dernière ne portant pas de numéro. Le lit de fer était encore là, avec une maigre paillasse poussiéreuse, rongée aux vers. Le plancher délabré. Sur cette paillasse sordide s’était reposé l’archevêque de Paris, avant de descendre, suivi de ses cinq compagnons, le noir et étroit escalier de pierre en colimaçon (l’escalier de secours) qui conduit au rez-de-chaussée, à la cour dite de l’infirmerie.
Quelle descente, dans la nuit tombante—c’était entre sept heures et demie et huit heures—au milieu des cris, des heurts de fusils, des détonations de la bataille, des canons qui grondent tout près, au Père-Lachaise!
Le cortège, otages et hommes armés, s’engagea dans une galerie longeant le côté droit de la cour. Les hommes vérifièrent là si leurs armes étaient bien chargées. Puis ils se remirent en marche, et s’arrêtèrent devant une porte solidement verrouillée.
La porte s’ouvrit. Une grille aux lourds barreaux, étroite—j’ai compté sept barreaux—tourna sur ses gonds. L’ouverture ne donne guère place qu’à deux personnes de front. Il faut descendre encore cinq marches avant de poser le pied sur le pavé du premier chemin de ronde.[55]
L’archevêque s’appuya sur la rampe de fer qui bordait l’un des côtés du court escalier. Les cinq autres otages suivirent.
Au bas, massés près du petit jardin qui servait de potager aux employés de la prison, les hommes armés attendaient.
Le prélat avait au doigt l’anneau pastoral, legs de l’archevêque Sibour, et sur la poitrine, dépassant sous le rabat, brillait la croix que lui avait donnée son autre maître, l’archevêque de Juin.
Sicard, qui était là avec Genton et Fortin, donna l’ordre d’encadrer les prisonniers.