vers la mort
Lentement, sans une parole, on se mit en marche. Le cortège tourna à droite pour, au bout de quelques pas, s’engager dans le long couloir, bordé d’un côté par le haut mur de pierres meulières du chemin de ronde, de l’autre par la prison.
Dans l’angle, une petite tourelle. C’est dans cette tourelle que se déroule, mal éclairé par deux étroites ouvertures, l’escalier tournant que viennent de descendre les condamnés.
Cette tourelle dépassée, la voie devient plus resserrée, plus obscure, plus sinistre aussi. Trois étages de fenêtres solidement barricadées de fer. Au premier étage, les fenêtres des cellules doubles que viennent de quitter les six prisonniers et où sont encore enfermés ceux qui n’ont pas été portés sur la liste de mort.
La première de ces fenêtres grillées, c’est la cellule de l’archevêque.
Le prélat—je cite ici les paroles mêmes d’un témoin—marchait appuyé au mur, la tête penchée, comme étranger à ce qui se passait autour de lui. Sa barbe longue, poussée en prison, presque blanche, ses joues creusées par la souffrance et par l’inquiétude de ces deux mois de réclusion, donnent à sa physionomie une expression d’indéfinissable tristesse.
Quatre hommes du peloton sont en tête, le fusil sur l’épaule.
Derrière, un groupe désordonné.
Deux lanternes, que tiennent haut les porteurs, les mêmes qui ont éclairé la descente des prisonniers dans la tourelle de l’escalier de secours, jettent sur cette scène des lueurs vacillantes. Il n’est pas loin de huit heures. Le jour va tomber. Déjà, entre ces hautes murailles du chemin de ronde, l’obscurité s’est à peu près faite.
Pas une parole ne fut prononcée au cours de cette traversée lugubre. Bien des phrases ont été placées, dans les divers récits parus, dans la bouche de l’archevêque. Le prélat, à la vérité, parla une seule fois.