La Commune eût tenté en vain de s’opposer au massacre ordonné par Ferré, comme elle tenta en vain de s’opposer à celui de la rue Haxo, le surlendemain vendredi.
L’écharpe rouge à glands d’or n’imposait plus le moindre respect. Elle n’était même pas une sauvegarde pour ceux qui la portaient encore. Delescluze, lui-même, ne sera-t-il pas, le lendemain, insulté par les gardes, forcé de rétrograder devant les injonctions d’un simple commissaire, quand il voudra franchir la porte de Vincennes?
La nouvelle de l’exécution de l’archevêque s’était répandue rapidement dans la foule qui encombrait les abords de la mairie et de la prison.
Les hommes du peloton avaient raconté les détails du drame. L’odeur de sang qui flottait depuis le matin enivrait les combattants, sûrs désormais que la mort les attendait à brève échéance, la pire mort, celle des représailles qui déciment les vaincus.
Un de mes amis, Francis Privé, traversait à ce moment la place, avec Jourde, le délégué aux finances, et Combault, qui fut directeur général des contributions directes. Jourde avait son écharpe rouge. Tous trois s’approchèrent d’un groupe où l’on discutait bruyamment.
Au milieu du groupe, un fédéré d’une taille minuscule, véritable nain, le fusil sur l’épaule, gesticulant et criant. Brusquement, le nain fend la foule, s’approche de Jourde.
—Eh bien! lui crie-t-il au visage, on vient de lui en foutre dans la peau, à l’archevêque!
—Taisez-vous, riposta Jourde. Vous feriez mieux d’aller au feu.
Le nain pâlit. Ses yeux s’allumèrent. Il fit mine d’épauler son arme.
—Ah! c’est comme ça! Ça ne vous va pas, à vous autres, qu’on fusille les curés!