Elle, naïve, hébétée, ne sut que pleurer, comme elle avait pleuré devant Beaufort, quand elle l’avait vu acculé au mur de la place Voltaire.

—Mais, puisque c’est la vérité, répétait-elle entre deux sanglots.

poignante confrontation

L’incident du sabre avec lequel Sicard commanda le feu, sabre remis par Fortin à Sicard, à l’instant même où ce dernier devait faire le geste suprême, était ignoré du président du conseil de guerre, le colonel De la Porte, et du commissaire du gouvernement, le commandant Rustant.

Divers témoins avaient bien fait allusion à la remise d’un sabre faite par un officier à un autre, mais ces témoins se trompaient. Ils plaçaient la scène de la remise du sabre au-dessous des cellules, peu après l’arrivée des otages dans le premier chemin de ronde.

A la dernière audience du procès—qui en compta treize—le président du conseil résolut de faire comparaître Sicard, dont le nom avait été prononcé par le témoin Jarraud, greffier de François à la prison, et de le confronter avec les accusés.

Sicard, qui avait été arrêté, se trouvait dans l’une des prisons de Paris. On l’y retrouva, après maintes recherches, phtisique, mourant. Il fut conduit à Versailles, accompagné du commissaire Clément et de trois agents, dans un fiacre, qui allait au pas. A son arrivée, on le restaura et on l’amena à la barre du conseil.

L’apparition de ce cadavre aux joues hâves, d’une maigreur effrayante, produisit sur les accusés et sur le conseil une impression poignante. Était-ce donc là celui qui, un pied déjà dans la tombe, allait faire la lumière?

Sicard est assis dans un fauteuil qu’ont apporté deux infirmiers. Il ne peut presque plus parler. Mais ses yeux brillent d’un extraordinaire éclat. C’est sur Fortin que se fixe son premier regard.

—Je tressaillis dans tout mon être, me disait Fortin, quand je sentis attaché sur moi le regard brûlant de Sicard. Qu’allait-il dire dans cette confession suprême? Un mot de lui, un mot de vérité, c’était pour moi le poteau de Satory.