Sicard est confronté avec d’autres, avec le brigadier Ramain, avec le gardien Picon, avec François—qu’il ne veut pas reconnaître—avec Genton, avec ceux qui ont désigné un autre accusé, Pigerre, comme l’officier qui a conduit le peloton d’exécution, avec le greffier Jarraud, qui le reconnaît, lui, Sicard, et qui sauve du même coup Pigerre.

Vient le tour de Fortin. Le commissaire du gouvernement insiste pour que Sicard et Fortin soient mis en présence. Se douterait-il que toute la vérité est là?

—Levez-vous, Fortin, dit le colonel-président. Approchez-vous de Sicard.

Fortin s’est approché. Il touche presque le moribond.

—Sicard, dit le colonel, vous avez juré de dire toute la vérité. Vous connaissez Fortin?

Sicard reste muet.

Il est comme accablé. On dirait qu’il cherche à rassembler des souvenirs lointains, confus, dans son pauvre cerveau déjà figé par la mort toute proche.

Il ne quitte pas Fortin du regard. Il fait un effort qui secoue dans le fauteuil trop large son corps débile. Il tourne enfin la tête avec un signe de dénégation.

Non. Il ne connaît pas Fortin.

Le président adjure Sicard. Il voit qu’il y a là un secret terrible, et que ce mourant va l’emporter dans la tombe.