En quittant leurs cellules, les otages durent descendre l’étroit escalier de la tourelle, l’escalier «de secours», complètement obscur, tout au moins fort mal éclairé par d’étroites meurtrières percées sur l’extérieur, qui conduisait au chemin de ronde. Comment l’eussent-ils descendu sans lumière!

A plusieurs reprises, avant d’écrire mon récit, j’ai visité la Roquette, la dernière fois avec Gustave Geffroy; j’ai suivi le chemin que suivirent les otages. Si Da Costa en a fait autant, s’il est comme moi descendu par la tourelle, il a dû, comme moi, s’aider d’une lumière quelconque, d’une lanterne.

Et puis, voici encore un témoin du troisième conseil de guerre, qui va venir à mon secours.

A l’audience du 9 août 1871, Vattier, détenu de droit commun à la prison, dépose: «Quelques instants après l’entrée du peloton à la prison, on m’a fait éclairer le corridor qui conduisait à l’escalier de secours. J’ai vu passer les otages, etc.»

Ce Vattier, qui éclairait le corridor sur lequel s’ouvraient les cellules, a certainement éclairé l’escalier, plus obscur encore.

Mes lanternes sont donc expliquées.

LE FUSILLÉ DU PONT-NEUF

(Mercredi 24 Mai)

Mercredi 24 mai. Dix heures du matin. Les flammes lèchent déjà les murs de la Préfecture de Police. Dans une salle du Dépôt, une demi-douzaine d’hommes. Ferré, l’écharpe rouge à glands d’or sur son pardessus gris à col de velours. Pilotell, Wurth,[62] ceinture rouge sur leurs vêtements civils. Clermont, commissaire spécial de police. Clermont, la nuit qui précède, a accompagné Raoul Rigault à Sainte-Pélagie. Il a assisté à l’exécution de Chaudey.

Cette même nuit, Pilotell l’a passée à la Préfecture, sur un lit, voisin de celui sur lequel s’est étendu Ferré.