Veysset, frappé presque à bout portant, reste un instant debout... Puis il s’affaisse.

Le mouchoir qui lui bande les yeux se détache, tout éclaboussé de rouge...

C’est là, en face du parapet contre lequel s’appuya Veysset avant d’être frappé à mort, que j’entendis, de la bouche de Pilotell, le poignant récit.

—C’est bien là... Oui... Sur cette dalle... On a écrit partout que Veysset avait été fusillé au pied de la statue de Henri IV. C’est faux. C’est ici... après le deuxième refuge circulaire, à égale distance du terre-plein de la statue et du quai.

Et Pilotell frappait de la main sur la dalle tragique.

—Là... C’est là que la cervelle a jailli... Le crâne était tout fracassé.

—On l’a abandonné? demandai-je.

—Non... Deux hommes, ou quatre, ont soulevé le mort. Ils l’ont balancé quelques instants, et l’ont, par-dessus le parapet, précipité dans le fleuve... La fusillade versaillaise se rapprochait... Les Vengeurs se dirigèrent en courant vers la barricade du quai... Ferré, Clermont, Wurth, reprirent le chemin que nous venions de parcourir... Je restai seul... Je me penchai sur le fleuve, cherchant des yeux le cadavre... Je ne vis rien... Seul, le chapeau du mort, qu’un Vengeur avait ramassé, et jeté par-dessus le parapet, flottait au fil de l’eau...

LES DOMINICAINS

(Jeudi 25 Mai)