conversation

Décembre 1903. A la Chambre. Dans le Salon de la Paix. Nous causons, Léo Melliet et moi, assis sur une des banquettes du pourtour.

Je lui rappelle notre rencontre, un des premiers jours de la Semaine, le matin, sur le quai, tout près du pont d’Arcole. Lui, à cheval, l’écharpe rouge de membre de la Commune sur sa vareuse d’artilleur. Képi de simple garde sans galons. Est-ce le mardi? Le mercredi? Sort-il de l’Hôtel de Ville pour se rendre au fort de Bicêtre, où sont enfermés les Dominicains d’Arcueil? Il s’arrête devant la barricade. Il dit quelques mots d’encouragement à ceux qui achèvent de l’élever. Je m’approche de lui. Je lui serre la main.

Oui, Melliet se souvient...

Et nous causons... Nous causons...

—Les Dominicains?... Voyons... Pourquoi les a-t-on fusillés?... Qui?

Léo Melliet esquisse un geste vague... J’attends sa réponse... Je le regarde. Ce n’est plus le Melliet d’autrefois. Court, trapu, mais portant haut la tête, et tout droit devant lui ses yeux noirs de méridional, vif et agissant. Melliet s’est alourdi. Les cheveux ont grisonné. La barbe a des touffes blanches. En parlant il incline la tête. Il roule, d’une main tremblotante, sa cigarette...

L’affaire des Dominicains, la fusillade de l’avenue d’Italie, dans l’après-midi du jeudi 25 mai: l’un des incidents les plus obscurs, les moins expliqués encore, de la tragique semaine. Comme pour les autres exécutions, celle de l’Archevêque, celle de la rue Haxo, des légendes se sont établies, qui semblent indéracinables.

Serizier.[65] Toujours Serizier. Rien que Serizier.

C’est Serizier qui a tout fait. C’est lui qui a commandé le feu à la porte de la prison du secteur. C’est lui qui a fait arrêter les Pères à Arcueil.