—On les a bien arrêtés—commençai-je à interroger—parce qu’ils faisaient des signaux aux Versaillais?
Même geste vague de Melliet.
—Des signaux aux Versaillais? Je ne me suis jamais, pour mon compte, aperçu de rien... La vérité est que l’exaspération était grande contre eux... Une exaspération, sinon justifiée, du moins explicable... Une quinzaine de jours avant leur arrestation, nos hommes avaient été surpris la nuit, en plein sommeil, à la redoute voisine du Moulin-Saquet... Un détachement de gendarmes l’avait envahie, grâce au mot d’ordre qui leur avait été très certainement livré par quelque traître. Une trentaine de malheureux avaient été tués à bout portant, éventrés à coups de baïonnette... Qui avait donné le mot d’ordre? Mystère... Ces moines qui, tranquillement, vivaient là tout près, n’étaient-ils pas les coupables? Les traîtres, n’étaient-ce pas eux, les Dominicains à la robe blanche et noire?... Voilà ce qui se répétait parmi les combattants... Il n’en fallait pas plus pour concentrer sur les Pères toutes les fureurs... Mais les preuves, il n’y en avait aucune... J’ai écrit tout cela au conseil de guerre, quand l’affaire a été jugée... Ma lettre doit encore être dans le dossier du défenseur de Lucipia...
—Me Renoult?[66]
—Oui.
la lettre de Léo Melliet
La lettre qui suit n’a jamais été publiée.
Elle forme à elle seule un document de premier ordre. Léo Melliet fut membre de la Commune et membre du Comité de Salut Public, commissaire civil près du général Wroblevski[67] et gouverneur du fort de Bicêtre, où commença le drame qui devait se terminer de si sanglante façon avenue d’Italie.
De Glascow, où il s’est réfugié après la défaite, Léo Melliet écrit à Me Renoult, défenseur de Lucipia:[68]
Glascow, le 11 décembre 1871.
150 Bucelench Street.