Note 17:[ (retour) ] Le nier n'appartenait qu'à une secte méprisable de prétendus philosophes, de philosophastes.

Note 18:[ (retour) ] Vers l'an 140 de notre ère, Tramnor, ancêtre de Fingal, s'étant rendu roi du nord de l'Ecosse en réunissant tous les clans de Morwën, détruisit le culte des Druides et celui d'Odin: Il ne resta que les bardes. Leur culte était presque celui des nuages. Les Calédoniens, dans leurs îles brumeuses, croyaient entendre dans les rafales des vents les voix de leurs amis morts Dans les combats; il leur semblait les voir dans les tempêtes traverser les rideaux nébuleux qui s'élevaient de leurs vallées semées de lacs.

La récompense ou les maux de l'autre vie se trouvent encore plus explicitement dans la croyance de quelques peuplades. Les bons, après leur mort, vont dans un lieu de délices où l'on jouit d'un printems éternel, où ils retrouvent leurs enfans et leurs femmes, où les rivières sont poissonneuses, et les plaines couvertes de leurs chers bisons. Pour les méchans, ils sont transportés sur une terre stérile [19], couverte d'une neige éternelle, où le froid les glacera à la vue des flammes qui brilleront à quelque distance. Une forêt impénétrable sépare ces malheureux de leurs frères fortunés qui foulent les champs toujours verts de la félicité, l'Eden sauvage, d'où la postérité du premier homme a aussi mérité d'être exclue, car voici bien dans la tradition iroquoise sa chute quelque peut dénaturée. «Au commencement, disent-ils, il y avait six hommes. Il n'y avait pas de femmes, et ils craignaient que leur race ne s'éteignît avec eux, lorsqu'enfin ils apprirent qu'il y en avait une au ciel. On tint conseil, et il fut convenu que Hougoaho monterait: ce qui parut d'abord impossible. Mais les oiseaux lui prêtèrent le secours de leurs ailes, et le portèrent dans les airs. Il apprit que la femme avait accoutumé de venir puiser de l'eau à une fontaine auprès d'un arbre [20], au pied duquel il attendit qu'elle vint; et la voici venir en effet. Hougoaho cause avec elle et lui fait un présent de graisse d'ours. Une femme causeuse, et qui reçoit des présens, n'est pas longtems victorieuse, observe judicieusement Lafitau: celle-ci fut faible dans le ciel même. Dieu s'en aperçut, et dans sa colère, il la précipita en bas. Mais une tortue la reçut sur son dos, où la loutre et d'autres poissons apportèrent du limon du fond de la mer, et formèrent une petite île qui s'étendit peu à peu et forma tout le globe.»

Note 19:[ (retour) ] Un vieux insulaire disait à Colomb: «Tu nous a étonné par ta hardiesse; mais souviens-toi que les âmes ont deux routes après la mort: l'une est obscure, ténébreuse, et c'est celle que prennent ceux qui ont molesté les autres. L'autre est claire, brillante, et elle est destinée à ceux qui ont procuré la paix et le repos.»

Note 20:[ (retour) ] Cette légende est un exemple frappant de l'enfance dans laquelle la nature a laissé l'esprit du sauvage: elle ne peut qu'inspirer pour lui un intérêt plus vif.

Avec ces traditions marche de pair le code moral d'une race, une règle des actions chez le sauvage. Cette règle est circonscrite dans des bornes fort étroites. Le courage, la bonne foi, l'amour de la vérité, l'obéissance à ses chefs, l'amour de sa famille, voilà les seules qualités qui doivent le conduire au bonheur. Il manque de ce qu'il lui faut pour appliquer ces quelques principes confus dans sa tête, et se livre au vice avec plus d'ardeur que l'homme civilisé, de même à la vertu.

Quoique l'on ait écrit, il est également difficile d'avancer ou de nier que le sauvage «est intelligent, que son jugement est correct, et qu'il se dirige à une fin par des moyens sûrs.» Mais son imagination est vive, sa mémoire admirable, et sa parole facile. Il y a chez lui une éloquence naturelle forte, mâle et figurée qui s'élève souvent aux plus grands effets oratoires. Dans tous les temps il semble que l'homme du désert ait eu la parole plus énergique que l'homme policé, et Strabon nous apprend que cette éloquence des barbares l'emportait sur le savoir et la grâce des orateurs d'Athènes. L'illustre président Jefferson, enhardi par ce témoignage, mettait quelques harangues improvisées de nos grands chefs à côté des plus beaux passages de Cicéron et de Démosthènes. J'ôserai marcher sur les traces de ce célèbre patriote, mais en m'empressant toutefois d'ajouter que je ne crois pas que lee naturels de ce continent eussent pu, comme ces anciens, composer des discours de longue haleine, n'ayant point comme eux le secours de l'écriture. Comme les Grecs au temps de la guerre de Troie, les hommes énergiques du nouveau monde ont eu leurs Phoenixs et leurs Nestors. J'aime bien mieux un ancien de la nation des sioux dans son laconisme que ce petit roi de Pylos [21]. A l'ouest de l'Amérique du Nord, vers ces déserts qui s'étendent sans fin aux pieds des Montagnes Rocheuses, où le génie de Fenimore Cooper a placé les magnifiques scènes de plusieurs romans enchanteurs [22], un vieillard prononce entre deux grands chefs: «Pourquoi la discorde a-t-elle éclaté dans le ouigwam des Dacotahs, dit-il; pourquoi deux Sachems se sont-ils pris de querelle comme deux faucons se disputant leur proie? Le jeune tigre dans son antre tourne-t-il sa dent contre le frère qui gît à côté de lui sous le ventre fauve de leur mère commune? Qu'ils parlent, et la sagesse des Dacotahs jugera leur querelle?» Homère n'a pas fait son orateur si imposant.... Quel orateur parla jamais avec plus d'éloquence que ce chef que l'on voulait éloigner de sa tribu? «Voici la terre où nous sommes nés, là sont ensevelis nos ancêtres. Dirons nous à leurs ossemens, levez-vous et nous suivez dans une terre étrangère!» [23] Souvent les chefs ou les vieillards s'arrêtant au bord d'un précipice, au milieu d'un bois, sur un rocher, racontent, debout, à ceux qui les entourent, les évènemens qui se sont passés dans ces lieux, et ainsi l'histoire se perpétue d'une génération à l'autre.

Note 21:[ (retour) ] Nestor voulant calmer la colère d'Agamemnon et d'Achille, ne semble qu'un vieillard préoccupé de se faire valoir.

Note 22:[ (retour) ] Dont le seul défaut, comme tels, est de ne contenir presque du vrai.

Note 23:[ (retour) ] Un écrivain de Dublin, parlant sur l'amour de la patrie, a cité les paroles de cet orateur sauvage.