Note 12:[ (retour) ] Ce peuple a des noms particuliers pour désigner l'étoile polaire. Vénus, la Grande Ourse, les Pleyades, la Voie Lactée et la Ceinture de l'Orion, etc.

Note 13:[ (retour) ] M. Gallatin pense que c'est la seule peuplade qui ait pu donner lieu au récit des Américains Gallois.

Le lecteur voit dans cette classification des Algonquins, les Mohicans et les Chippeouais confondus dans une même race; je leur joindrai les Outaouais. Ces peuples ne furent séparés que par les Sioux, qui émigrèrent en masse [14] et chassèrent devant eux cette confédération. Les hurons et les Iroquois vinrent sans doute comme les Sioux. Ceux-ci demeurèrent cantonnés sur le vaste territoire qu'ils avaient conquis, et ils n'eurent guère que les Chippeouais à contenir: des guerres intestines contribuèrent aussi à les tenir Renfermés chez eux, et à les faire oublier. Les Iroquois et Les Hurons poursuivirent leur marche victorieuse, chassant devant eux les peuplades précitées, pour s'étendre jusqu'aux extrémités où les Français commençaient à paraître.

Raynal rend justice à l'aspect du sol, qui attirait ces conquérans: il rend hommage à sa richesse. On trouva ces vastes régions couvertes de forêts et dans l'état de nature: cependant leur aspect était des plus variés, et le arbres et les plantes, en nombre infini, annonçaient une heureuse fertilité. Granganimo, Sachem de Roanoake, offre à ses hôtes des melons, des concombres, et d'autres fruits. La vigne sauvage était abondante, mais ce n'était qu'une des moindres richesses du pays. O découvrit un fruit qui pouvait remplacer le pain, et ce trésor ne demandait que d'être rendu plus abondant par les soins de l'homme. Sans parler des sauts et des chûtes qui ont excité l'admiration des voyageurs, les environs du Saint-Laurent étaient dès lors charmans. Ladauanna était le nom que les naturels donnaient à ce fleuve majestueux qui coule des grands lacs, immenses réservoirs purs comme le crystal, et où l'on admire le mirage des nues qui flottent dans l'air, ainsi que des branches de grands pins qui sont à demi penchés sur Le sein de la mer. Le Saint-Laurent sort de ces eaux pour aller se jeter dans celles de l'Ottawa. La jonction de ces deux grandes rivières forme le plu beau spectacle. D'un côté les eaux impatientes de notre beau fleuve roulent au-dessus des rocs, et de l'autre la sombre majesté de l'Ottawa traverse silencieuse d'immenses forêts jusques à la réunion dans la grande vallée d'Hochelaga.

Note 14:[ (retour) ] En admettant cette émigration très probable d'au delà des Montagnes Rocheuses, on ne croira pas que les Espagnols anéantirent douze millions d'hommes, comme on l'a supposé.

Les Sioux et les Iroquois n'avaient pas plutôt jeté les yeux sur cette terre, que les Européens l'envahirent à main armée. Ils trouvèrent dans ses possesseurs des peuples sans défiance, doux et agricoles, comme les habitans de Stadaconé, et le peuple charmant de Roanoake, tant admiré par chevaliers de la reine Elizabeth. Je ne vois plus ces quelques barbares de Raynal, hérissés du poil des animaux féroces, mais une race hospitalière capable de faire honte à l'avar égoïsme de nos nations civilisées.

Dans le cours de son voyage Verazani rangeant la côte à vue, fut obligé d'armer sa chaloupe, pour faire de l'eau; mais les vagues étaient dans une telle fureur qu'elle ne put jamais prendre terre. Cependant, les sauvages dont la rive était garnie, invitaient par toutes sortes de démonstrations les Français à s'approcher. Un jeune matelot, bon nageur, hasarda de se jetter à l'eau. Il n'était plus éloigné que d'une portée de mousquet, et il n'avait d'eau que jusques à la ceinture, lorsque, perdant la tête, il se mit à jeter aux sauvages les présens qu'il portait, et voulut regagner la chaloupe; mais à l'instant même, une vague venant du large, le jeta sur la côte avec une telle violence, qu'il resta étendu comme mort sur le sable. Sans forces, sans connaissance, il périssait, lorsque les indigènes accoururent à lui, et le mirent hors de la portée des vagues. Il demeura quelque temps évanoui entre leurs bras, reprit ensuite connaissance, et, saisi de frayeur, il poussa de grands cris, auxquels ils répondirent par des hurlemens destinés à le rassurer, mais qui ne firent qu'augmenter son effroi. Ils le firent asseoir au pied d'une colline, le dos tourné vers le soleil, et allumèrent encore un grand feu. Il crut que l'on allait l'immoler au soleil, et l'équipage, toujours repoussé par le vent, le crut aussi. Mais au lieu de lui faire aucun mal, on séchait ses habits au feu, et on ne l'approchait lui-même qu'autant qu'il fallait pour le refaire. Il se rassura alors, répondit aux caresses des sauvages, et réussit à s'en faire comprendre par signes. Après lui avoir rendu ses habits, et lui avoir fait prendre de la nourriture, ils le tinrent longtems et étroitement embrassé avant que de lui permettre de se confier à la mer. Puis ils s'éloignèrent un peu, pour le laisser en liberté. Lorsqu'ils le virent nager, ils montèrent sur la colline, et ne cessèrent de le suivre des yeux qu'il n'eût atteint le vaisseau. L'intéressant Donnacona reçut aussi cordialement Cartier, et lorsque les Anglais parurent sur la côte de Virginie, Paspiha, lieutenant de Pohatan, leur offrit des rafraîchissements et des terres [15]. Anadabijou, Cananacus, Ensenore et Niantonimo ne fournissaient pas de moins beaux traits à cette histoire. «Cette généreuse bonté, dit l'auteur des Beautés de l'Histoire du Canada, dit plus en faveur du coeur humain que vingt traités philosophiques sur la vertu. La loi de la nature, empreinte par la divinité dans le coeur de tous les hommes, leur fait distinguer ce qui est noble; elle inspire le sauvage de même que l'homme policé.» Serait-ce que les Américains ne fussent absolument mus que par cet instinct naturel?--Non, sans doute, et c''est avec tort qu'un écrivain trop partial [16] a affirmé qu'ils n'avaient presque point d'idées religieuses. La plupart croyaient en un être éternel et tout puissant qui a tout créé. Ils admettaient encore un nombre de divinités inférieures, les petits esprits, comme les génies des anciens. Ils rendaient un culte au soleil, et avaient une singulière vénération pour le feu; ce qui ne fortifie pas peu l'opinion qui leur attribue une origine asiatique. En un mot, leur religion ou leur croyance, qui n'était pas exempte de fétichisme, n'était pas non plus étrangère au sabéisme et au dualisme, car un mauvais esprit partage avec le grand esprit le domaine de la nature. Les Sioux, les Saukis, les Chippeouais, les Iroquois, les Ménomènes et les Ouinebagos on toux cette croyance, et j'y découvre le secret des vices du sauvage, qui sacrifie tour à tour au bon et au mauvais esprit. En résultat, on trouve les Américains tour à tour vertueux et vicieux, généreux et cruels, fidèles et perfides.

Note 15:[ (retour) ] History of the United States.

Note 16:[ (retour) ] Dom Ulloa s'est étudié à faire une peinture hideuse des naturels des Deux parties de ce continent. Il ne voit chez eux que lâcheté et perfidie, et nul héroïsme.

Le dogme de l'immortalité de l'âme a été retrouvé chez toutes ces peuplades [17]. Ecoutons le chant des funérailles: «Vous qui êtes suspendus au-dessus des vivans, apprenez nous à mourir et à vivre. Le maître de la vie vous a ouvert ses bras, et vous a procuré une heureuse chasse dans l'autre monde. La vie est comme cette couleur brillante du serpent qui paraît et disparaît plus vite que la flèche ne vole; elle est comme cet arc au'amène la tempête au-dessus du torrent, comme l'ombre d'un nuage qui passe.» Les Chrystinaux croyaient voir les âmes de leurs ancêtres dans les nuages qui couvraient leurs pays: cela rappelle les anciens bardes de l'Ecosse [18].