Chez les Iroquois, les femmes jouissaient aussi en quelque sorte de la supériorité. Les enfans suivaient la caste de leur mère. Le pays, les champs, les moissons étaient confiés aux soins des femmes, qui réglaient aussi les alliances [6].

Note 6:[ (retour) ] Il n'est aucune peuplade de sauvages chez laquelle le sexe jouisse d'un sort plus doux qu'au Canada. Peut-être même la considération dont il y est en possession, aurait-elle quelque chose d'extraordinaire dans notre Europe policée. A proprement parler, elles (les femmes) y ordonnent. Après avoir délibéré entre elles, sur les objets les plus importans du gouvernement de la nation, elles envoient au conseil des hommes, où leur voix est presque toujours prépondérante. (EMMANUEL KANT, Traité du Sublime et du beau)

Pour dire quelque chose de plus général sur la première habitation de notre continent, D. Ulloa [7] croit à peine, dit M. Lefebvre de Villebrune, que le Nord-Est de l'Asie ait pu fournir des habitans à l'Amérique. Les voyages du célèbre Cook, et la fuite d'une colonie sauvage américaine qui, pour éviter sa destruction totale, se sauva sur le continent asiatique, prouvent qu'il est mal fondé dans son opinion. Le passage est aujourd'hui connu. Il l'était même des anciens, si l'on peut s'en rapporter à Pline, à qui l'on rend avec raison plus de justice que par le passé. Ses prétendues fables deviendront peu à peu des vérités certaines. Ce qui me donne à penser que, s'il ne faut pas croire sans preuves, il ne faut pas non plus rejetter légèrement. Cet habile naturaliste nous dit donc qu'il avait paru dans les mers de la Germanie des vaisseaux venus des Indes par le Nord. Pourquoi, ajoute-t-on, ces vaisseaux n'auraient-ils pu faire ce voyage, puisque dans le dixième et l'onzième siècle, les habitans du Nord allaient par mer en Amérique, et en revenaient sans s'égarer? L'hypothèse de la population de l'Amérique par l'Asie est encore celle qui sourit le plus au corps des théologiens [8]. Malgré sa probabilité, je n'ai voulu que rapporter les opinions des savans, sans me prononcer ouvertement sur aucune; mieux vaut peut-être imiter la modestie d'un ancien, qui a dit: «Quam bellum est velle confiteri potius nescire quod nescias [9]

Note 7:[ (retour) ] Lieutenant-général des armées navales de l'Espagne, membre des sociétés royales de Londres, de Madrid et de Stockholm. Il raisonne sur le sujet en fanatique plutôt qu'en savant.

Note 8:[ (retour) ] «I faut remarquer que l'Amérique n'est séparée de l'Asie au Nord que par le Détroit de Bérhing, qui est souvent entièrement pris par la glace, et permet aux ours d'Amérique de passer en Asie. Ce fait explique comment l'Amérique a pu être peuplée au moyen de colonies errantes dans le nord de l'Asie»--(DESDOUITS, Liv. de la Nature).

Note 9:[ (retour) ] Cicéron, De Nat. Deorum.

Plaçons à la suite quelques aperçus sur les pays qui sont le théâtre des évènements de cette histoire. Ainsi Raynal décrit l'Amérique: «Les premiers qui y allèrent fonder des colonies, y trouvèrent d'immenses forêts. Les gros arbres que la nature y avait poussés jusques aux nues, étaient embarrassés de plantes rampantes qui en interdisaient l'approche. Des bêtes féroces rendaient ces forêts inaccessibles. On y rencontrait à peine quelques sauvages hérissés de poil et de la dépouille de ces animaux. Les Humains épars se fuyaient, ou ne se cherchaient que pour se détruire. La terre y semblait inutile à l'homme, et s'occuper moins à la nourrir qu'à se peupler d'animaux plus dociles aux lois de la nature. Elle produisait à son gré sans aide et sans maître, elle entassait toutes ses productions avec une profusion indépendante, ne voulant être riche et féconde que pour elle-même, non pour l'agrément et la commodité d'une seule espèce d'êtres. Les fleuves tantôt coulaient librement au milieu des forêts, tantôt dormaient et s'étendaient tranquillement au sein de vastes marais d'où, se répandant par diverses issues, ils enchaînaient des îles dans une multitude de bras. Le printems renaissait des débris de l'automne. Des troncs creusés par le temps servaient de retraite à d'innombrables oiseaux. La mer bondissant sur les côtes et dans les golfes, qu'elle se plaisait à ronger, à créneler, y vomissait par bandes des monstres amphibies, d'énormes cétacées.... qui venaient se jouer sur des rives désertes. C'est là que la nature exerçait sa force créatrice en reproduisant sans cesse ses grandes espèces qu'elle couve dans les abîmes de l'Océan. La mer et la terre étaient libres. Tout-à-coup, l'homme parut, (ajoute l'historien des Indes Occidentales), et l'Amérique se couvrit de Cités.»

Qui ne lit que ce tableau un peu pédant, ne sait pas assez. Sans rappeler que les Espagnols trouvèrent ailleurs le florissant empire péruvien et les fiers Incas, nos plages septentrionales, où l'on voyait le royaume du Mexique, n'étaient pas non plus si désertes, ni leurs habitans si féroces. Six familles principales occupaient les pays qu'occupèrent depuis les Anglais et les Français. Les savans les ont classées comme suit: La famille Canadoise, qui disparut bientôt après l'arrivée des Européens. La famille Mobile-Natchez ou de Floride, qui comprenait un grand nombre de peuplades. Les Chickasas, les Choctas, et les Seminoles, font encore partie de cette confédération, avec les Muscogules qui, selon M. Gallatin, offriraient la plus grande confédération sur le territoire des États-Unis. Elle occupe les fertiles vallées de l'Alabama et de la Géorgie. La famille Gaspésienne, fort nombreuse au temps de la découverte. Il paraît que C'est à une tribu de cette famille qui habitait sur la rive droite du Saint-Laurent, que l'on doit attribuer tout ce qui a été dit des sauvages que l'on y vit, si remarquables par leurs moeurs policées et le culte qu'ils rendaient au soleil. Ils connaissaient quelques étoiles [10] et traçaient d'assez bonnes cartes de leur pays. Grand nombre vénéraient la croix avant l'arrivée des Français, et conservaient une tradition curieuse sur un homme d'un caractère sacré, qui leur apporta ce signe, et les délivra d'une terrible épidémie. Je pense avec Malte-Brun que ce devait être l'évêque du Groënland. La famille nommée par Vater, Chippeouai-Delaware ou Algonquino-Mohicans comprenant les Algonquins, peuple qui fut quelque temps la terreur des Iroquois, les Chaouanis, les Mohicans, les Saukis et les Outagamis. La famille dite Mohweke-Huronne, composée des Hurons et des Iroquois. Ces deux peuples, qui eurent une même origine, se formèrent en république. Ils se séparèrent vers la fin du seizième siècle. Les Iroquois formèrent alors les Cinq Cantons, qui ressemblaient à la république des Suisses [11], et ils se montrèrent encore plus remuans. La famille Sioux-Osage, à laquelle se rattachaient un grand nombre de peuples qui ne s'isolèrent que peu à peu. Les principaux étaient les Sioux ou Dacotahs, les Assiniboins, qui s'allièrent avec les Chippeouais, les Omahas [12] et les Mandans, peuplade remarquable par la blancheur de ses individus [13]. On peut encore comprendre dans cette famille les Ouassas, peuple doux et de bon sens. Comme les Romains au temps de Romulus, ils commençaient leur année vers l'équinoxe du printems. Ils ne connaissaient point de semaines, non plus que la plupart des Américains, et ne comptaient les jours que par sommeils ou nuits, comme les Anglo-Saxons.

Note 10:[ (retour) ] Je ferai assez voir par des exemples que D. Ulloa a eu tort d'assurer dans ses «Mémoires Philosophiques» que les Américains ne comptaient point par lunes.

Note 11:[ (retour) ] On se souvient encore du trouble que les anciens Helvétiens causèrent aux Romains et aux peuples qui avoisinaient leur petit territoire.