Grotiue prétend, non sans raisons, que des peuples qui habitèrent l'Amérique durent venir, en grande partie, de la Tartarie et de la Scytie. En effet, la ressemblance évidente de moeurs entre quelques peuples du nouveau monde et des anciens Scythes et Tartares, appuie fortement ce savant, et Pline nous assure qu'une grande partie de la nation scythe abandonna autrefois sa demeure en Asie, fuyant la cruauté de ses ennemis. Et pour les Tartares, le livre des Transactions de la Société Littéraire et Historique, que j'ai sous la main, suppose une invasion de ces peuples qui aurait trouvé un libre cours par le Kamschatka: elle aurait laissé des traces de forteresses entre le lac Ontario et le golfe du Mexique. Les huttes, les mariages, les sépultures des Tartares, comme nous les dépeignent MM. Pallas et Gmelin, de la société impériale de St. Pétersbourg, se retrouvent à la lettre en Amérique, comme aussi le culte du soleil et de la lune.

D'autres savans pensent que le continent américain n'était pas inconnu aux Carthaginois, aux anciens Scandinaves et aux Gallois. Hanon [1] aurait visité une partie de l'Amérique cinq cents ou milles ans, comme l'on voudra, avant notre ère, car les chronologues sont partagés sur l'époque à laquelle il faut placer le périple de ce navigateur.

Note 1:[ (retour) ] C'est l'opinion de l'historien de la Nouvelle-Ecosse.

Quoique la connaissance de notre hémisphère ait été justement attribué aux scandinaves, leurs premières découvertes ne sont pas bien connues [2], et la plus ancienne qu'ils aient faite, sans que l'on en puisse douter, est celle du Groënland, en 970 [3]. C'est postérieurement à cette découverte qu'il faut placer le voyage de Leif. «Cet homme, fils d'Eric-Raude, nous dit M. Reinhold Forster, équipe un vaisseau, prent avec lui Biorn, fils d'un islandais herjolf. Il part avec trente hommes pour aller à la découverte. Ils arrivent dans un pays pierreux, stérile, qu'ils appellent Helleland: un autre où ils découvrent des bois est appelé Markland. Deux jours plus tard, ils voient un nouveau payse, et à sa partie septentrionale, une île où il y avait un fleuve qu'ils remontent. Les buissons portaient des baies d'une saveur douce. Enfin, ils arrivent à un lac d'où le fleuve sortait. Dans les plus courts jours' ils n'y virent le soleil que huit heures sur l'horizon. Ce pays devait donc être situé au 49e degré latitude septentrionale, au sud du Groënland, et ainsi, la baie des Exploits ou une autre côte de la rivière St. Laurent. Leif appella ce pays Vinland, parce qu'il y trouva du raisin. Le printems suivant, il retourna au Groënland. Thowald, frère de Leif, revint dans le Vinland, et il y mourut des blessures qu'il reçut dans un combat contre les naturels. Thorstin, troisième fils d'Eric-Raude, vint la même année, avec sa femme, ses enfans et ses domestiques, en tout vingt-cinq personnes. Il mourut, et sa veuve épousa un illustre Islandais qui mena soixante-cinq hommes te cinq femmes, et fonda une colonie. Il commença à trafiquer avec les Skallingers, habitans du lieu, ainsi appelés à cause le leur petite taille. Ce sont sans doute les Esquimaux, même race que ceux du Groënland. Les descendans de ces Normands, qui se fixèrent en Amérique, s'y sont maintenus longtems, bien que depuis le voyage de l'évêque Islandais--Eric, en 1121, on n'en ait plus ouï parler.» M. Filson appuie cette légende, et il ajoute que des troubles survenus en Danemark firent oublier le Vinland. Voyons les annales du Nord: j'y trouve qu'en effet, environ ce temps, le prince Magnus prit part aux troubles qui agitaient la Suède, et qui s'étendirent au Danemark et à la Norwége.

Note 2:[ (retour) ] La Société des Antiquaires du Nord vient de publier à Copenhague, sous ce titre «Antiquitates Americanæ» d'anciens manuscrits qui peuvent fixer ces découvertes, si tant est que l'on doive s'en rapporter à eux.

Note 3:[ (retour) ] On l'attribue à Eric-le-Rouge.

Il est vrai que les Groënlandais ressemblent parfaitement aux Esquimaux, et c'est ce qui a fait conclure que ceux-ci en sont une branche. Cependant le docteur Powell, dans sa chronique du Pays de Galles, assure que vers la fin du douzième siècle, Madoc, prince de ce petit état, fatigué de la guerre que se fesaient ses frères, au sujet de la succession de leur père, Ownen-Gwinned, abandonna la querelle et alla à la recherche de nouvelles terres. Il aurait découvert du côté de l'ouest, une contrée fertile, où il aurait laissé une colonie. Il fit voile une seconde fois, dit la légende, et ne reparut plus. On a pensé que ce Madoc pourrait bien être plutôt le père des Esquimaux et la singulière facilité avec laquelle cette famille entend le langage gallois rent moins invraisemblable cette riante hypothèse, qui a inspiré à Southey, l'émule de lord Byron, des vers si enchanteurs.

On a cherché une autre tige aux Hurons et aux Iroquois. Quelques coutumes des Lyciens ont amené le P. Lafitau à conjecturer que ces deux familles pouvaient tirer leur origine de cet ancien peuple. Les Lyciens s'étant amollis, les femmes établirent leur autorité par une loi immuable [4]. Depuis ce temps, ces peuples s'étaient faits à cette forme de gouvernement gynécocratique, et la trouvaient la plus douce et la plus commode. Les reines avaient un conseil de vieillards qui les assistaient de leurs avis. Les hommes proposaient les lois, mais les femmes les fesaient exécuter. Si une femme de la noblesse épousait un plébéïen, ses enfans étaient nobles [5], plébéïens, au contraire, si un noble s'alliait à une plébéïenne.

Note 4:[ (retour) ] Les Lyciennes eurent des imitatrices. «Les femmes de Lemnos, dit Mela, ayant toutes tué leurs maris régnèrent en souveraines dans cette île.» Hypsipile ayant voulu épargner le sien, elle fut vendue à des pyrates. Eustharte, d'après Denys Périégète, nous apprends que les femmes de l'île Man, en Bretagne, en chassèrent les hommes. Enfin, les Amazones ont occupé les savans.

Note 5:[ (retour) ]Partus sequitur ventrem.