Pour la cause venger du peuple souriquois.
Cependant, M. de Champlain crut avantageux de réconcilier les deux Sagamos. Asticou ne refusa pas de se prêter à la paix, pourvu qu'on lui envoyât un homme de confiance pour la traiter. Oagimon lui fut député, et tout fut arrangé à l'amiable.
Ce qui fit encore plus d'honneur à Membertou que sa victoire, ce fut sa conversion au christianisme. Il fut le premier Sachem de l'Amérique du Nord que l'embrassa, et fut baptisé le 24 juin, 1610, par Messire Josué Flèche, V. G. M. de Poutrincourt le tint sur les fons, et l'appella Henri, comme le roi de France. Cet évènement fournit matière à deux ouvrages publiés à Paris sous des titres fastueux [50]. Membertou ouvrit la route aux missionnaires, et, familier avec leur langue, il fut leur premier instituteur dans celles du pays. Il se dépouilla alors de la dignité d'autmoin. En cette qualité, il fesait parler l'oracle, et le rendait ordinairement douteux. On en eut un exemple ors de la mort de Pannoniac. Les Souriquois s'inquiétaient sur son sort: il décida que s'il ne revenait pas dans quinze jours, les Armouchiquois l'auraient tué. La marque de la dignité de prêtre était un triangle suspendu sur la poitrine, orné de figures mystérieuses.
Note 50:[ (retour) ] Le premier avait pour titre: Lettre missive touchant la conversion du grand Sagamo de la Nouvelle-France, qui en était, avant l'arrivée des Français, le Roi et le Souverain, Paris, 1670.
On ne sait pas bien l'époque de la mort de Membertou, quoique sa perte dût être vivement sentie. Il avait beaucoup de douceur, et des vertus. Généreux et courtois, il voulut faire présent au roi d'une mine de cuivre qu'il possédait «comme il convient entre Sagamos.» «Or jaçait, dit Lescarbot, que le présent qu'il voulait faire à sa Majesté fût chose dont elle ne se soucie, néanmoins, cela lui partait de bon courage, et doit être estimé comme si la chose était plus grande, ainsi que ce roi des Perses, qui reçut d'aussi bonne volonté une pleine main d'eau d'un paysan, comme les plus grands présens qu'on lui avait faits.» Sa personne et ses actions étaient remplies de dignité. Il se mettait à l'égal du roi de France. «étant comme lui grand Sagamo», et il exigeait que l'on tirât le canon toutes les fois qu'il paraissait à Port-Royal. Le P. Biart nous a laissé des mémoires dans lesquels il entre dans de grands détails sur sa nation. Les Souriquois d'abord fort puissans, diminuaient beaucoup dès le temps de M. de Monts. On doit s'étonner que Membertou pût les maintenir dans l'alliance des Français, persuadés qu'ils étaient que les Européens les voulaient détruire. Cette idée n'était pas absolument sans fondement, et l'on trouva souvent entre leurs mains du sublimé corrosif. Unis à leurs voisins, les souriquois redevinrent formidables sols le nom de tribus abénaquises.
Parmi les contemporains de Membertou, Anadabijou, grand Sagamo des Montagnais, se fesait remarquer par son esprit. M. de Champlain l'avait vu à Tadoussac, revenant de combattre les Iroquois. Ils se rencontrèrent de nouveau en 1610. De Champlain, parfait homme de cour, trouva chez lui une politesse à laquelle il ne se serait pas attendu. Le Sachem, qui était en festin, le reçut cordialement, ainsi que Marc Lescarbot qui l'accompagnait. Les guerriers Montagnais étaient rangés sur deux haies. Un d'eux commença, dit notre Anacharsis, à faire sa harangue de la bonne réception qui lui avait été faite par le roi, et du bon traitement qu'il avait eu, les assurant que le dit roi leur voulait du bien, et désirait peupler leurs terres et leur envoyer des guerriers pour vaincre leurs ennemis. «Il leur conta aussi les beaux châteaux, palais, maisons et peuples qu'il avait vus, et notre manière de vivre.»
Après qu'il eut terminé sa harangue, Anadabijou fit passer le calumet [51], et lorsque l'on eut bien fumé, il prononça aussi son discours «parlant posément, s'arrêtant quelquefois, et puis reprenant la parole en leur disant que véritablement, ils devaient être bien contens d'avoir sa dite Majesté pour amie.» Ils répondirent tous d'une voix: ho! ho! ho! ce qui veut dire, oui! oui! oui! Pour lui, continuant toujours de parler, il dit qu'il était fort aise que sa Majesté fît la guerre à leurs ennemis. Enfin il leur fit comprendre tout le bien qu'ils devaient attendre du roi.
Note 51:[ (retour) ] Les Indiens du nord ont l'usage de leur calumé, qui est une pipe dont le tuyau a un vara de long: il sert en même temps à tous ceux d'une même compagnie, et chacun tire la fumée du tabac à son tour. Ce calumé est aussi chez eux un moyen dont ils se servent pour se saluer, comme un verre de vin chez les Européens.--(D. ULLOA.)
Lorsqu'il eut cessé de parler, M. de Champlain et Lescarbot se retirèrent. Ce dernier nous décrit le lieu où les Montagnais se trouvaient campés. «Le lieu de la pointe St. Mathieu où ils étaient cabanés est assez plaisant. Ils étaient au bas d'un petit côteau plein d'arbres, sapins et cyprès. A la dite pointe, il y a une petite place unie qui découvre de fort loin, et au-dessous du dit côteau est une terre unie contenant une lieue de long, et demie de large, ornée d'arbres.»
Le lendemain, à la pointe du jour, Anadabijou fit le tour de toutes les cabanes, criant à haute voix qu'on eût è déloger pour aller à Tadoussac, où étaient les bons amis; car, de même que les Européens, les sauvages rendent une visite reçue.