Cependant les sauvages, à la vue de l'accroissement des Anglais, ont conjuré leur perte. Pocahontas s'évade au milieu de la nuit, et, s'engageant dans les épaisses forêts de son pays, elle traverse mille dangers pour avertir les colons de celui qui les menace. Des bienfaits aussi signalés eurent bientôt porté de l'autre côté de l'Océan le nom de l'héroïne virginienne; mais quelle en fut la récompense? Argall, le même qui porte le fer et le feu dans les établissements de la marquise de Guercheville, officier dont la vie est semée d'actions héroïques, nobles parfois, et aussi de faits déshonorans, paraît sur la scène. Naviguant sur la rivière Potomac, en 1612, il apprend que la princesse est dans les environs. Il lui fait une visite, et l'invite à monter sur son vaisseau, promettant de la remettre sur le rivage après une courte promenade. Elle se laisse prendre; on la respecte, mais on ne lui tient point parole.

Durant son séjour à Jamestown, la beauté de Pocahontas, sa simplicité naïve, et ces manières gracieuses qui accompagnent toujours l'innocence du coeur, lui attirèrent les regards du jeune Rolfe, colon distingué, qui l'épousa avec la permission de Pohatan. Cet hymen fut le gage d'une heureuse paix. Elle reçut le baptême, et fut appellée Rebecca, mais Pocahontas était le plus beau nom qu'elle pût porter, et la postérité le lui a conservé.

En 1616, elle dit adieu à son pays, et partit pour l'Angleterre, avec son époux et Sir Thomas Dale. La renommée l'avait précédée à Londres, une de ces immenses cités desquelles le bruit d'une victoire, quelquefois, n'atteint pas l'enceinte; mais un récit romanesque se fait jour au milieu du tumulte qui y règne. L'héroïne américaine devait y attirer tous les regards. Le roi Jacques, que Stith appelle «un pédent couronné», monarque en tout singulier, et qui n'a eu son égal qu'en un czar de Russie, trouva fort mauvais que le jeune Rolfe eût eu la présomption d'épouser, sans son agrément, «une princesse fille d'un roi son allié»; mais sa Majesté se calma, et les deux époux furent introduits à la cour par lord Delaware et l'honorable Smith. Un vieux chroniqueur dit de la princesse virginienne, qu'elle était plus favorisée de la nature, plus gracieuse et mieux proportionnée que plusieurs dames de la cour, au jugement même des courtisans et plus beaux sirs.

Après avoir joui quelque tems de la faveur de la bonne reine Anne, à laquelle Smith avait présenté un mémoire sur ses belles actions, Pocahontas se retira à Benford, fatiguée du tumulte de la capitale.

Enfin, en 1617, des raisons particulières l'engageant à retourner en Amérique, elle devait monter sur un vaisseau amiral à Gravesend, lorsqu'elle mourut, âgée de vingt-deux ans. Les derniers momens de sa vie ne démentirent pas sa plus tendre jeunesse. Elle laissait un jeune enfant sous la tutelle de Sir Lewis Stewkely, mais ce seigneur ayant perdu toute sa fortune dans le malheur de Rawleigh, il passa sous celle de son oncle, John Rolfe, de Londres. Il; vint plus tard en Amérique, hérita d'une grande partie du territoire de son aïeul, et laissa une fille qui fut mariée au Colonel Bolling. Ce dernier maria deux de ses filles aux Colonels Randolphe et Fleming. L'honorable Randolphe, de Roanoake, est encore un descendant de Pocahontas au sixième degré, selon M. Thatcher.

L'histoire n'offre rien qui égale l'héroïsme déployé par cette femme forte; et le roman n'a rien imaginé de supérieur. Quelle héroïne, en effet, posséda à un degré plus éminent ces belles qualités qui ornent le coeur humain, la candeur, l'amitié constante, et la compassion pour le malheur. L'indépendance de son caractère, et la dignité de toutes ses démarches, ne parlent pas moins en sa faveur. Les auteurs du Dictionnaire Historique on consacré un article à Pocahontas, digne de figurer dans toutes les histoires.

CHAPITRE VIII


ARGUMENT

De quelques autre sachems pohatans--Tomocomo--Nemattanoi--Voyage du premier en Angleterre--Bravoure du second--Extinction de la confédération pohatane dans la personne de Topotomoi--Histoire de Japazawa, Sachem des Potomacs.