En 1625, Sir Thomas Wyatt entra en personne sur le territoire des Pohatans. Mangopeomen l'attendit à Pamunky, à la tête de neuf cents guerriers. Un combat fut livré dans lequel les Anglais parurent d'abord victorieux; mais ils ne purent pousser jusques à Matapony, principal fort, qui n'était qu'à quatre milles du champ de bataille, et furent contraints de retraiter. De nouvelles ouvertures de paix furent encore rejetées; et ce ne fut qu'en 1632, que les sauvages se prêtèrent à une trève.

Mangopeomen la rompit, lorsque à l'arrivée d'un nouveau Gouverneur et d'une nouvelle colonie, la guerre civile se mit entre les Européens.

Quoiqu'avancé en âge, il fesait, avec une extrême célérité, parvenir ses ordres aux tribus les plus éloignées. Il voulut faire lui-même la principale attaque à la tête des cinq tribus les plus considérables; tandis que les efforts subordonnés furent confiés aux Chefs respectifs, système qui étendit le massacre des bouches de la Chesapeake jusqu'aux extrémités des eaux qui s'y jettent. Cinq cents personnes furent tuées, et grand nombre traînées en captivité. Sir John Berkeley [64], à la tête de toutes les forces de la colonie livra plusieurs combats désespérés qui le conduisirent jusque dans le centre du pays des sauvages. Mangopeomen était alors si décrépit par l'âge et les infirmités, qu'il était réduit à se faire porter dans une espèce de litière, d'où il dirigeait la marche en avant, ou la retraite de ses guerriers. Poursuivi chaudement par un parti de cavaliers, il fut pris et conduit à Jamestown, où, à leur grand honneur, les Anglais le traitèrent avec égards, ensevelissant généreusement le souvenir de leurs défaites, à la vue de l'infortune présente de leur plus terrible ennemi. Il y eut un Anglais qui fut inaccessible à ces nobles sentimens. Le Sachem vécut plusieurs jours, entouré de ses serviteurs, qui avaient eu la permission de le suivre; mais il fut lâchement assassiné par un de ses gardes, sans autre offense que le courage qu'il montrait dans le malheur. Quelques jours avant sa mort, il entendit un grand remuement autour de sa personne. Ayant fait lever ses paupières, ce qu'il ne pouvait plus faire seul, il aperçut un groupe de curieux. Il fit aussitôt demander le Gouverneur, et lorsqu'il parut, il dit avec dignité «que si Mangopeomen avait eu la fortune de faire prisonnier le Sachem des Anglais, il ne l'aurait point donné en spectacle à ses sujets;» étrange leçon d'un soi-disant barbare à un chevalier.

Note 64:[ (retour) ] Cet officier, qui fit ses premières armes contre les Pohatans, s'illustra, je crois, dans les guerres civiles de son pays, et lors de la Restauration, il proclama Charles II en Amérique.

Aucun sauvage, sans en excepter Metanco, ou le roi Philippe, ne fit plus de mal aux Anglais. Sa haine ne parut pas provoquée comme celle du vainqueur de Swanzey; mais il prévoyait sans doute la ruine de sa nation, et le patriotisme parle en sa faveur.

Beverley nous apprend qu'il était d'une haute stature, et qu'il avait le port extrêmement noble. Stith l'appelle «un prince fier et politique». Burk, «l'Annibal de la Virginie». Locke l'a mentionné dans son immortel ouvrage sur l'Entendement [65]. Sa mort fut le prélude de la dissolution prochaine de la confédération pohatane.

Note 65:[ (retour) ] Si Opechancana, roi de Virginie, eût été élevé en Angleterre, peut-être aurait-il été aussi bon théologien et mathématicien que qui que ce soit dans ce Royaume. Toute la différence qu'il y a entre ce roi et un anglais, consiste simplement en ce que l'exercice de ses facultés a été borné aux usages et aux idées de son pays.--(Ess. sur l'ent., Tome 1, Liv I, Chap. III, p. 87, penes me.)

Je terminerai ce chapitre par ce qu'offre de plus intéressant la vie de Pocahontas.

Née en 1595, avec toute les qualités du coeur, cette enfant de la nature est surtout célèbre par l'acte extraordinaire d'humanité et de courage qui sauva le romanesque capitaine Smith. Déjà l'exécuteur lève ha hache de guerre sur le prisonnier, lorsque Pocahontas, âgé alors de douze ans, s'élance entre lui et le capitaine. Tenant embrassée la tête de Smith, elle conjure son père de l'épargner. Elle était plus que tous ceux de sa famille en possession de ce coeur fier, et le toucha en faveur du criminel.

Plus tard, Jamestown est visitée par la famine. La fille de Pohatan y fait parvenir des vivres, qui soutiennent les Anglais jusques au retour de Sir John Newport.