Note 78:[ (retour) ] Qui croirait que cet officier mit en tête de la relation qu'il écrivit de cette expédition, de texte de l'écriture: We have heard with our ears, ô God!... «how thou did'st drive out the heathen with thy hand.» La plupart des contemporains du très dévot Major étaient aussi peu éclairés, et se croyaient armés de la main de Dieu contre les maîtres naturels de ces vastes régions.

Il faillit être au retour la victime de ses propres gardes, qui l'accusaient de tous leurs malheurs. La plupart des guerriers l'abandonnèrent. Il acheva alors de démolir son camp, et retraita avec quatre-vingts braves vers la rivière d'Hudson. Son courage en ayant rallié d'autres autour de lui, il fit halte à Fairfield; mais il y perdit encore deux cents hommes et treize Sachems. Poussé de marais en marais, trahi par ses propres sujets, il pensa être assassiné par un traître payé d'avance pour le tuer, mais qui ne se sentit pas assez de courage pour l'attaquer. Dépassant enfin la borne de son pays, il se jeta dans les bras des Mohacks. Des guerriers de ce Canton furent assez lâches pour le tuer par surprise. Sa tête fut envoyée à Connecticut et promenée dans toutes les bourgades.

Lorsque Sassacus s'arma en faveur des hommes rouges, les colons de la Nouvelle-Angleterre, encore faibles et impuissans, étaient déjà d'une insolence inouïe. La providence empêcha qu'ils ne subissent le sort que semblait leur préparer une si coupable présomption: on doit seulement regretter de voir si complet le triomphe d'envahisseurs aventuriers vomis par l'Angleterre, qui n'avait pu les supporter.

CHAPITRE XV


ARGUMENT

Les Algonquins se résolvent à faire la petite guerre--Piscâret; singulière ruse de ce Chef--Il entre seul dans le pays des Iroquois--Intrépidité d'une jeune fille de la même nation--Mort de Piscâret--Réflexions.

PISCARET, Algonquin, surnommé l'Achille du Canada, le plus grand guerrier de son temps chez les tribus du Nord, dit M. Thatcher, se signala dans tous les combats que sa nation livra aux Iroquois. Les Algonquins, déjà affaiblis, lui ayant confié le commandement de sept cents guerriers qu'ils avaient assemblés avec effort, il marcha contre ses fiers ennemis; mais il les trouva sur leurs gardes, et il fut contrait de s'en revenir sans avoir remporté aucun avantage considérable.

N'ayant pu faire triompher son peuple à la tête d'un si grand parti, il voulut au moins venger la mort d'un Chef, qui avait été pris et brûlé par les Iroquois. Il arma un canot d'une vingtaine de fusils, et s'y embarqua avec quatre Chefs des plus braves. Ils partirent des Trois-Rivières, ou du Cap de la Magdeleine, qui était alors la résidence ordinaire des Algonquins, et se rendirent d'abord dans les îles de Richelieu, à l'extrémité sud-ouest du lac St. Pierre, et de là, à l'entrée de la rivière Sorel, ou, comme on a dit, la Rivière des Iroquois. Après s'être avancés jusqu'à une certaine distance, ils rencontrèrent cinq canots iroquois portant chacun dix guerriers. Ceux-ci firent le Sassakoué ou cri de guerre, pour sommer les Algonquins de se rendre. Piscâret voulant les attirer au large, rebroussa, et les Iroquois de le suivre avec la vitesse surprenante des rameurs sauvages. L'Algonquin avait eu l'idée de faire passer dans les balles dont il s'était muni de gros fils d'archal d'environ dix pouces de longueur arrêtés par les deux extrémités. Il avait disposé ces balles en pelotons, afin que le fil s'étendant au sortir du fusil, fit un plus grand escar. Par là, autant de coups portés dans un canot, étaient autant d'ouvertures qui devaient le couler à fond. En effet, lorsqu'il fut temps de combattre, Piscâret fit un mouvement pour se trouver enveloppé par les Iroquois, et ordonna de tirer sur leurs canots à fleur d'eau sans s'occuper des guerriers qui y étaient. Les ennemis d'éloignèrent avec précipitation et comme à l'envi les uns des autres pour faire place au canot des Algonquins. Alors les cinq Chefs, feignant de se rendre, entonnèrent leur chant de mort; mais au grand étonnement des Iroquois, ils firent une décharge de leurs fusils, et la réitérèrent trois fois sans perdre de temps, en reprenant d'autres armes chargées d'avance. Les Iroquois culbutèrent de leurs canots, qui coulèrent bas, et les Algonquins les tuèrent à coups de casse-têtes, à l'exception d'un Chef qu'ils prirent avec eux, et auquel ils firent éprouver le sort qu'avait subi le leur: c'est, avec quelque différence, la relation de M. Bacqueville de la Poterie.

Piscâret, combattit les Iroquois en combat rangé en 1643, et les battit. Il parut aux conférences de 1646, et ratifia la paix au nom de sa nation, en disant: «voici une pierre que je mets sur la sépulture des guerriers qui sont morts pendant la guerre, afin que nul n'aille remuer leurs os, ni ne songe à les venger.»