Note 88:[ (retour) ] Le Chevalier Temple, en Angleterre, et Boileau Despréaux, en France, ont exalté l'antiquité, apparemment pour se mettre eux-mêmes au-dessus de leur siècle.
CHAPITRE XIX
ARGUMENT
De la Confédération Patucket en New-Hampshire--Passaconaoua--Incidens--Rapports du Sachem avec le célèbre Elliot--Fête sauvage; Passaconaoua y dit adieu à son peuple--Anecdotes.
Je porte mes regards sur un espace de pays qui n'a encore rien présenté de mémorable. Mais le burin de l'Histoire a retracé le portrait de Passaconaoua, Sachem de Pannuhog. Sa nation, une des plus guerrières de la Nouvelle-Angleterre, résistait courageusement aux Iroquois, et porta même la guerre chez les Mohacks. La tradition avait conservé le souvenir d'un sanglant combat entre les deux peuples, sur la rivière Merrimack. Les Agahuans, les Nancis, les Piscataquas et les Acamintas, qui y avaient tous des guerriers se connaissaient sujets de Passaconaoua, et les Sachems de Quamscot et de Patucket étaient ses vassaux. Il était déjà vieux lors de l'arrivée des Anglais, qui, devenus farouches, à une époque où ils prévoyaient les nombreux désastres qui allaient leur arriver, s'allièrent avec le Sachem Saggahuo pour désarmer le roi de Pannuhog. Un coup de fusil tiré au milieu de la nuit suffisait pour faire lever tout un bourg, et les cris d'un malheureux égaré dans les bois, fesaient croire à une invasion de Mohacks: la Nouvelle-Angleterre égala la timidité de l'enfance. Il était permis au jeune Astianax d'être saisi de frayeur à la vue de l'énorme panache de son père, Hector; mais les gouvernemens coloniaux durent chasser leurs craintes, et s'armer d'un courage plus viril. Ils revinrent sur leurs pas et M. Winthrop proposa d'offrir des réparations. Le parti envoyé pour enlever Passaconaoua n'avait pu saisir que sa femme et son fils. Le Chef Ousamequin fut chargé de négocier un accommodement, et le vieux Sachem, en bon diplomate, accepta l'amitié des Anglais.
Le célèbre Elliot, auquel on a donné avec justice le nom «d'Apôtre des Indiens», écrivait en 1649: «Le Grand Sagamo de ce lieu (Pannuhog) est Passaconaoua, qui se donne à la prière avec ses enfans, et se montre plein de respect pour la parole de Dieu.» Il fut du petit nombre de ceux qui montrèrent de l'empressement pour le Christianisme. Il pressait le bon missionnaire de le venir visiter, et lui fesait de très beaux raisonnemens. Ainsi, il lui disait que le ministre ne venant qu'une fois l'an, il ne pouvait faire de grands fruits parce que les sauvages oubliaient bientôt ce qu'il leur disait. Il en était comme si quelqu'un jetait dans un cercle une belle chose, tous les sauvages se précipiteraient pour la saisir, et l'aimeraient bien parce qu'elle a une belle apparence. Mais ils ne pourraient en voir l'intérieur, s'il y a quelque chose ou rien, une pierre brute ou des perles. La prière pouvait bien n'être qu'un fardeau; il voulait qu'ou la lui ouvrît, c'est-à-dire, qu'on la lui fît bien connaître.
En 1660, un monsieur fut invité à une danse sauvage. A la fin de cette fête, à peu près semblable à celles plus haut décrites, Passaconaoua, cassé de vieillesse, fit son dernier adieu à son peuple. Il lui recommanda de vivre en paix avec les Anglais, en disant, que s'il leur fesait du mal, il ne pourrait que hâter sa destruction. Vonolansett, son fils, suivit ses sages conseils, et il émigra avec la nation dans un pays éloigné où il ne prit aucune part à la guerre de Philippe.
Passaconaoua avait commencé par être devin, et ce fut en cette qualité qu'il acquit son influence. Il devait être bien propre à ce rôle, car les écrivains de l'époque nous disent qu'il surpassait tous les siens en sagesse et en duplicité. Il persuada aux sauvages qu'il pouvait faire danser les arbres et se changer en flamme. Le jongleur devint diplomate, Chef et Sachem. Il sut conserver son territoire par des civilités qui ne diminuaient pas son importance parmi les siens, en leur procurant une heureuse paix. En un mot, Passaconaoua n'était peut-être pas comparable aux sages de la Grèce, s'ils ont été aussi sages qu'on le dit, mais il brilla autant parmi les siens.
On rapporte le trait suivant. Menataqua, Sachem de Saugus, lui ayant demandé sa fille, Guiasa, en mariage, il la lui accorda, et donna une grande fête. Selon l'étiquette de son pays, il ordonna qu'un parti de guerriers escorterait la mariée jusques à la résidence de son époux. Des fêtes non moins brillantes y eurent lieu, puis l'escorte revint à Pemmacook, demeurance du beau-père. Quelque tems après, la jeune épouse ayant voulu visiter son père, Menataqua la fit conduire par une troupe choisie. Lorsqu'elle voulut s'en retourner, le vieux Sachem, au lieu de la faire escorter, fit dire à l'époux de la venir chercher; mais celui-ci qui tenait aux usages, lui envoya cette réponse: «Lorsqu'elle m'a quitté, j'ai envoyé mes guerriers à sa suite; à présent qu'elle veut revenir à moi, j'attends que tu en agisses de même.» Le vieillard se fâcha, et l'hymen fut rompu.