Le grand mérite est dans l'imitation de la nature, que ces sauvages rendaient si bien. En cela ils laissent loin derrière eux nos plus grands modèles.
Lorsque les colonies eurent secoué l'autorité de leur métropole, le Congrès n'oublia point les services du Chef Delaware, et confia au colonel Morgan l'éducation de son fils connu sous le nom de George.
Glickican, conseiller de Pakanke, Chef des Delawares de l'Ohio, succéda à l'autorité avec les Sachems Gilimund te Ouingimund. Mais aucun d'eux n'eut l'influence de Koguethagechton. Ouingimund s'attacha au rôle de prophète, et ne fut pas aussi heureux que ne l'avait été le vénérable Sachem Passaconaoua, ou que ne le fut plus tard le célèbre Elsquataoua.
CHAPITRE III
ARGUMENT
Shikellimus, Chef iroquois moderne--Ses vertus--Infortunes de son fils--Discours de ce Chef adressé à Lord Dunmore--Réflexions--Les cantons embrassent le parti de la Grande-Bretagne contre ses colonies--Destruction de leurs villages.
SHIKELLIMUS était un Iroquois vénérable du Canton de Cayougué, résidant à Shamoky, dans l'état de Pensylvanie, comme agent des Six Nations. Il donna un refuge à l'évêque morave Zeisberger, et reçut chez lui le comte Zizendorf et son compagnon Conrad Weiser. Il leur donna un repas de melons. Il était heureux éloigné des vices que les blancs avaient transmis à ses compatriotes, et légua ses vertus à son immortel fils, si connu sous le nom de Logan, que les colons lui imposèrent mal à propos [128].
Note 128:[ (retour) ] Par aversion pour les noms sonores et harmonieux des Sachems, nos voisins leur imposent cent noms ridicules. Cela seul est une preuve que le bon goût n'est pas encore né chez eux.
Ce Chef passait pour le meilleur ami des blancs, et ceux-ci le firent succomber sous le poids du malheur. Un vol ayant été commis sur l'Ohio, en 1774, on en accusa les sauvages, et sans aucune preuve à l'appui de cette présomption, le colonel Crésap, homme dont la mémoire demeure entachée d'infamie, s'avança sur la Kenhaoua. Un canot conduit par un seul homme, mais chargé d'une femme et de plusieurs enfans, venait de la rive opposée. Crésap se cacha dans les buissons avec sa bande, et lorsque la troupe innocente fut descendue à terre, il commanda de faire feu, et il n'y eut que le guerrier que le fer épargnât. La famille du Chef Cayougué venait d'être massacrée. Il n'interrompit les transports de sa douleur que pour venger son sang d'une si barbare cruauté. Il leva la hache de guerre, conduisit sa tribu au combat avec les Shaouanis et les Delawares, et engagea l'aile gauche de l'armée de lord Dunmore, sur les bords de la Kenhaoua, le 10 octobre. Huit cents sauvages avaient en tête mille Virginiens. Le colonel Lewis fut tué au premier choc, en combattant à la tête de la milice d'Augusta, qui plia devant les Delawares. Le colonel Fleming fut tué en fesant avancer les miliciens de Bedford. En vain le colonel Field ramena-t-il à la charge la légion d'Augusta: il tomba aussi, et sa troupe perdit du terrein. Le capitaine Shelby prit le commandement et poussa enfin les sauvages, mais en retraitant, ils trouvèrent un terrein avantageux, d'où l'on en put les déloger, et la nuit seule mit fin au combat. Les virginiens eurent trois colonels, quatre capitaines, dix officiers inférieurs et cinquante soldats tués, sans compter les blessés. Lord Dunmore parla de paix, et le héros de la Kenhaoua prononça à cette occasion le discours suivant, que l'on regarde comme le chef-d'oeuvre de l'éloquence sauvage [129].