Ils parlent la langue Narcotah, une des quatre langues mères, et, dit Beltrami, elle est une nouvelle preuve de leur origine mexicaine.

Je regrette de dire que les Sioux sont parmi les quelques peuplades qui ont oublié la nature, envers le beau sexe. Voici comment se font leurs mariages. Un sauvage éprouve-t-il de l'amour pour une jeune fille, il la demande à son père. Elle vient frapper à sa porte, et, s'annonçant par son nom, elle demande si son fiancé est présent; on ouvre, et ses amis la présente à l'épouse, qui est debout au milieu de la loge. Il lui fait ses complimens, et s'assied avec elle sur une natte. Les Romains fesaient asseoir la fiancée sur la toison d'une brebis, pour l'avertir que c'est à elle de couvrir son mari. Chez les Sioux, l'époux présente à son épouse une botte de foin, pour lui signifier qu'elle ne soit se mêler que de porter son fardeau comme une bête de somme. Cette botte est dit-on entremêlée d'herbes d'une odeur si délicate, et arrangée avec tant d'art, qu'elle éclipse le talent des fleuristes.

La femme malheureuse chez ce peuple enfante des héros. A quinze ans le jeune Sioux devient un guerrier; il lui tarde de se montrer, il brule d'impatience de tremper ses mains dans le sang ennemi. La danse de la guerre anime son jeune courage.

Si la femme est esclave, la passion de l'amour n'est pas moins forte. Un rocher qui se projette sur les eaux du lac Pepin, rappelle celui de Leucade. La muse Mitilène s'y précipita de dépit: Oholaïtha, plus belle qu'heureuse, trancha le cours de sa vie, séparée de son Anikigi, jeune et beau guerrier Chippeouais.

On déclare la guerre en jettant un tomahack sur les terres de l'ennemi, comme autrefois le Fecialis des Romains jetait une javeline. Achille immolait des jeunes Troyens à Patrole: les Sioux et les Mexicains sacrifiaient leurs ennemis à leurs guerriers tués dans les combats.

Après le guerre, la chasse exerce l'enfance, la jeunesse et l'âge viril. Avant que de partir, on se purifie devant le dieu de la nation. J'ai cité plus haut quelques chasses célèbres. Ce goût du sauvage pour la chasse rappelle les premiers hommes: les peuples primitifs étaient chasseurs. Ce qu'il y a de plus remarquable chez nos Sioux, c'est que l'on découvre au milieu d'une superbe et vaste prairie, un grand block de granit, figure de Tangoouacoun, à qui tous les chasseurs viennent fair la révérence. Il est peint comme on représentait le soleil avant Maria, avec un nez, des yeux et une bouche.

On voit également dans l'antiquité la musique naissante des Sioux. Les Grecs primitifs avaient comme eux une espèce de castagnettes faites d'os ou de coquilles. Comme eux les Romains marquaient la cadence avec des sonnettes qu'ils attachaient à leur pieds. Les Sioux ont le tambour de basque, et le mamuductor dans celui qui conduit la danse. La simphonie chez les Grecs comme chez eux était formée de l'union de la voix et des instrumens. La musique de nos peuplades, bien que monotone, a quelque chose d'animé et de touchant. Mars préside plutôt à ces fêtes que Terpsichore, ignorée des sauvages. Ils y paraissent en armes, et la tête ornée de plumes de Kilio [138], apanage exclusif des preux guerriers. Cet oiseau est si rare que celui qui en tue un, reçoit les complimens de tut le camp, et acquiert le droit de porter une de ses plumes. Il en ajoute une autre autant de fois qu'il tue un guerrier dans les combats. Ce panache ne releva pas peu ces preux des forêts, avec leur manteau qu'ils adaptent à leur corps avec cette grâce qu'avaient les Romains sous leur Pallium. Leurs mocassins ressemblent aux cothurni: ils ajoutent en hiver une espèce de guêtres sur les genoux; comme les Cimbres au temps de Marius.

Note 138:[ (retour) ] Je ne trouve rien sur cet oiseau dans les additions de Chneider et de Lefebvre de Villebrune aux mémoires philosophiques et physiques de Dom Ulloa.

Leurs armes offensives sont l'arc et les flèches, la pique, la hache et la massue, comme les soldats de Tamerlan. Ils ont aussi adopté le fusil. Le bouclier est leur seule arme défensive. Ils le peignent de même que les anciens, quoique moins magnifiquement que celui d'Achille, qui était au reste l'ouvrage des dieux!

Si je viens à parler des illustres de la nation, M. Beltrami parle de Tantangamani, père de l'infortunée Oholaïtha. Il retrouve dans Ouamenitonka la fameuse statue d'Aristide dans le Museum de Naples, et celle de Caton dans Cetamvacomani; mais quelqu'intérêt que puisse leur prêter l'érudit italien, je ne trouve rien de si romanesque que l'histoire d'Alleouemi et de Ouabisciuova.