«Le Grand-Esprit, qui a fait tous les peuples, n'a pas fait les hommes de ce pays-ci comme les autres. Il vous a donné les arts, que nous ignorons. Il nous a aussi accordé beaucoup de choses, et une prière différente, à notre usage.
«Nous te prenons par la main pour que tu retournes à tes amis.»
Il est digne de remarque que ce discours ne contient pas un seul mot qui sente la rudesse. Saguova était véritablement affable. On en voit un exemple dans une entrevue avec le colonel Snelling. Cet officier partant pour Governor's Island, il vint lui dire adieu, et ajouta: «J'apprends que notre Grand-Père t'envoie dans une île qui porte le nom de Sachem; j'espère que tu deviendras aussi un Sachem. On dit que les blancs sont glorieux du grand nombre de leurs enfans; que le Grand-Esprit t'en donne mille.»
Son opposition aux empiètemens des Etats-Unis le firent disgracier en 1827; mais il se releva par son éloquence, et il ne fut pas dit que Saguova vécût dans l'oubli de sa nation.
Il visita les villes de l'Atlantique [140] en 1829, et, au milieu de la sensation qu'il y fit, il soutint la dignité de son rang et de sa renommée. Washington l'avait voulu voir, et lui avait fait présent d'une médaille d'or qu'il porta toujours depuis. Ce fut dans sa dernière visite aux Etats-Unis, qu'il vit le Général Lafayette à Buffalo. Les deux héros s'étaient connus à Stanwix, en 1784. Il faut convenir que le patriote français se montra spirituel et poli comme ceux de sa nation. «Où est le jeune Chef, dit le général, qui s'opposa avec tant d'éloquence à ce que l'on enterrât la hache de guerre?» C'est Saguova, répondit froidement le Sachem, qui avait alors ravagé les frontières de la Nouvelle-Iork, du New-Jersey, de la Pensylvanie et de la Virginie. Le général français n'avait pas beaucoup vieilli. Saguova le remarqua, et lui dit: «Le temps a fait de moi un vieillard, mais toi, le Grand-Esprit t'a laissé tes grands cheveux.» Lafayette eut la bonne fortune de se rappeler quelques mots Iroquois, qu'il répéta avec une complaisance qui grandit beaucoup l'idée avantageuse que le Sachem avait déjà conçue de lui.
Note 140:[ (retour) ] Red-Jacket. This celebrated Indian Chief, who has recently attracted so much attention at New-Iork and the Southern Cities, has arrived in this City, and has accepted an invitation of the Superintendent to visit the New-England Museum, this evening, March 21, in his full Indian costume, attended by Captain Johnson his interpreter, by whom those who wish it can be introduced to him.
Saguova mourut le 19 janvier, 1830, et fut enterré le 21, près de Buffalo. Ses compatriotes regardèrent avec indifférence les cérémonies que firent les Américains, et lorsqu'elles furent terminées, plusieurs orateurs parlèrent successivement et rappelèrent ses exploits et ses grandes qualités. Ils n'oublièrent pas son appel prophétique: «Quel est celui qui me succédera au milieu de mon peuple.» Ils pleurèrent une gloire déjà passée, et entrevirent la ruine de leur nation. La mort de Saguova rappelle celle d'Alexandre.
Un Américain bel esprit, mais singulier dans ses idées, a dit: «L'ouest ne doit pas peu aux conseils d'un sauvage qui, pour le génie, l'héroïsme, la vertu, et tout ce qui peut faire resplendir un diadême, laisse loin derrière lui non seulement George IV et Louis le Désiré, mais l'empereur de Germanie et le czar de Moscovie.» Il est vrai que bien des modernes qui ont voulu républicaniser ont eu l'esprit curieusement tourné.
La licence entre mieux dans la poésie: peut-être même ne se fait elle pas sentir dans les vers suivans:
Though no poet's magic