Au retour de la paix, il reprit l'administration des affaires de sa nation, et s'opposa aux progrès des missionnaires. Le discours suivant est un des plus remarquables, et le seul que l'on ait de lui dans son entier.

«Ami (dit-il au ministre), le Grand-Esprit a voulu que nous nous rencontrassions en ce jour. Il règle sagement toutes choses, et il nous accorde une belle journée, car les nuages se sont dissipés devant le soleil qui brille au-dessus de nous. Nous avons prêté l'oreille à ta harangue.

«C'est pour toi que ce feu brule au milieu du conseil. Tu veux que nous ti disions ouvertement la pansée de notre âme: nous nous en réjouissons, car nous n'avons tous qu'une même pensée.

«Tu dis que tu ne partiras pas que tu n'aies une réponse. Il est juste que tu l'aies, car ta cabane est bien loin, et nous ne voulons pas te retarder. Nous allons te dire ce que nous ont appris nos pères.

«Au commencement nos ancêtres régnaient seuls sur cette grande île: leur domaine s'étendait de l'Orient à l'Occident. Le Grand-Esprit l'a fait pour les hommes rouges [139]. Il créa le buffle et le daim pour les nourrir, l'ours et le castor pour les garder du froid. Il dispersa ces créatures par le pays, et nous montra la manière de les prendre. La terre produisait aussi du maïs, et le Grand-Esprit avait donné tout cela à ses enfans rouges parce qu'il les aimait.

Note 139:[ (retour) ] Quoique les sauvages n'y attachent pas d'importance, ils se nomment, vers le nord, les hommes rouges, pour se distinguer.--(DON ULLOA.)

«Vos pères traversèrent les grandes eaux, et vinrent dans cette île, mais en petit nombre. Ils ne trouvèrent que des amis dans le peuple rouge, qui leur donna un grand lit de terre, afin qu'ils pussent prier le Grand-Esprit, sans crainte du Grand Roi. Ils étaient au milieu de nous, nous leur donnions à manger, et eux, ils nous donnaient du poison. Les blancs connaissaient le chemin de notre île, et il en vint un plus grand nombre. Ils nous appelèrent frère, et nous leur donnâmes nos plaines et nos côteaux.

«Alors nos domaines étaient vastes; mais vous êtes devenus un grand peuple. Notre pays est dans vos mains et la prière y fait des progrès.

«Ecoute, tu dis que tu viens nous apprendre à prier le Grand-Esprit, afin que nous soyons heureux dans la suite. La prière est écrite dans un livre qui a été donné à vos pères, et le Grand-Esprit a parlé au peuple rouge.

«Tu dis qu'il n'y a qu'une manière de prier le Grand-Esprit, parce que elle est venue d'un homme vénérable; et nos anciens nous ont enseigné une religion qui leur fut donnée par le Grand-Esprit. Elle nous enseigne à le remercier de ses dns, et à vivre dans l'union avec nos frères.