- L'homme champêtre

Heureux l'homme de la nature
Qui, loin de l'homme faux, loin de l'homme de coeur,
Cultive un petit champ et peut, à son retour.
Manger en paix, dans sa cabane obscure,
Le pain que, sous le poids du jour.
Son travail généreux a gagné sans murmure!
Il voit avec plaisir sa femme et ses enfants
Préparer, de leurs mains diligentes et chères,
Le mets simple et les vêtements
Qui lui sont devenus à la fin nécessaires.

Qu'il est riche! qu'il est heureux
Celui qui vit dans l'indigence!
Au ciel adresse-t-il des voeux?
Ils sont formés par l'espérance.
Joyeux, les voit-ils exaucés?
Aussitôt la reconnaissance
Dit: Je vis, Dieu bon! c'est assez
Qu'ai-je besoin de l'opulence?

Son coeur pur ne connaît jamais
Les craintes, le tourment d'un misérable avare.
Si d'un travail trop long le dangereux excès
Le fatigue, l'épuise, eh bien! la nuit répare
Tous les maux que le jour a faits.
Il ne voit pas en songe une effrayante image,
Et du meurtre et du brigandage,
Il veille en sage, il dort en paix.

La brillante rosée inonde et couvre encore
Les fruits, la verdure et les fleurs.
Du sommeil quittant les douceurs,
Il se lève, il prévient l'aurore.
Et, saluant le jour qui vient blanchir les cieux,
Il reprend ses travaux et ses propos joyeux.

Il n'est point des remords la renaissante proie.
Ni le crime, ni la terreur
Ne troublent un moment son innocente joie.
Chaque idée est pour lui l'image du bonheur;
Il vit, sa famille est contente.
Qu'a-t-il à désirer? Rien. Pendant tout le cours
Du long jour de sa vie, il vit, travaille, et chante:
Lui seul peut être heureux, et lui seul l'est toujours.

[signé M. Drobecq]

(Cette poésie a été publiée pour la première fois dans Le Censeur universel anglais (p. 152) du samedi 12 août 1786; publiée une première fois par M. Jean-Bernard, dans La Révolution Française Revue historique, t. IX, 1885, p. 396 sous le litre: "Une poésie de Maximilien Robespierre" et, à nouveau, à la page 66 de son ouvrage: Quelques vers de Robespierre.) 16

- Loin d'ici la cérémonie

Loin d'ici la cérémonie
Avec la morne dignité.
Que les plaisirs et la folie
Accourent avec la gaieté.
Aux jeux de cette fête aimable
Aucun profane n'est admis;
Mes yeux autour de cette table
Ne voient qu'une troupe d'amis