(Cette pièce a été reproduite dans les Mémoires de Charlotte Robespierre sur ses deux frères; par M. Jean Bernard dans Quelques poésies de Robespierre, p. 63.)

Note: Charlotte Robespierre, dans ses Mémoires, écrit, au sujet de la composition de cette ultime oeuvre poétique: "Une seule crainte le tourmentait, c'était que les méchants après l'avoir assassiné, ne déversassent sur lui la calomnie. Il fit à ce sujet quelques vers dont je ne me rappelle que les cinq suivants."

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[Transcriber's Notes: Maximilien Robespierre (1758-1794), Eloge de messire Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaty président à mortier au parlement de Bordeaux (1789)

Transcrit en français moderne]

(Magistrat et homme de lettres, Dupaty (1744-1758) avait dévoilé les erreurs judiciaires, défendu les veuves accusées, protesté contre les arrestations arbitraires. Pour honorer le héros qui avait été l'un de ses membres, l'un de ses enfants, l'Académie de la Rochelle mit son Eloge au concours. En 1789, parut sans nom d'éditeur un Eloge de messire Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier Dupaly, président à mortier au Parlement de Bordeaux par M. R. avocat en Parlement. Certains historiens (Stefane-Pol, Quérard) l'attribuent à Robespierre. Le manuscrit de l'Académie de La Rochelle a malheureusement disparu.)

ELOGE DE MESSIRE CHARLES-MARGUERITE-JEAN-BAPTISTE MERCIER DUPATY PRESIDENT A MORTIER AU PARLEMENT DE BORDEAUX

Nous ne sommes plus dans ces temps d'ignorance et de barbarie où la magistrature, loin de recevoir les honneurs qui lui sont dus, était, au contraire, dans l'avilissement et dans l'oubli. Les nobles qui ne voulaient que des esclaves, méprisaient les magistrats. Le peuple tremblant sous ses tyrans, n'ayant d'autre sentiment que celui de sa faiblesse, ne pouvait apprécier tout le bien que devaient opérer, pour son bonheur, ceux qui, par leurs fonctions augustes, sont chargés de rendre la justice.

Guidés par le flambeau de la philosophie, nous commençons enfin à croire, d'après les peuples les plus sages et les plus éclairés de l'antiquité, que la valeur qui défend la patrie, et la vertu qui est un gage assuré de sa durée et de sa prospérité, ont également droit à nos éloges: que si le guerrier qui garantit nos remparts des insultes de l'ennemi, mérite toute notre reconnaissance, le magistral, le citoyen vertueux qui veille dans la cité à l'exécution des lois, et qui y entretient l'ordre et l'harmonie, n'en est pas moins digne.

Dans Athènes et dans Rome on voyait à côté des monuments élevés à la gloire des héros, ceux qui étaient consacrés à rappeler à la nation le souvenir des législateurs et des philosophes; de ces hommes rares et privilégiés, de ces amis de l'humanité, qui semblent n'avoir été placés sur la terre que pour le bonheur de ceux qui l'habitent.