Danton fit tous ses efforts pour sauver Brissot et ses complices. Il s'opposa à leur punition: il vouloit qu'on envoyât des ôtages à Bordeaux (118). Il envoya un ambassadeur à Wimpfen dans le Calvados (119).
Danton et Lacroix vouloient dissoudre la Convention nationale et établir la Constitution (120).
Danton m'a dit un jour: "Il est fâcheux que l'on ne puisse pas proposer de céder nos colonies aux Américains; ce seroit un moyen de faire alliance avec eux." Danton et Lacroix ont depuis fait passer un décret dont le résultat vraisemblable étoit la perte de nos colonies (121).
Leurs vues furent de tout temps semblables à celles des Brissotins. Le 8 mars, on vouloit exciter une fausse insurrection pour donner à Dumouriez le prétexte qu'il cherchoit de marcher sur Paris, non avec le rôle défavorable de rebelle et de royaliste, mais avec l'air d'un vengeur de la Convention (122). Desfieux en donna le signal aux Jacobins: un attroupement se porta au club des Cordeliers, de là à la Commune. Fabre s'agitoit beaucoup dans le même temps, pour exciter ce mouvement dont les Brissotins tirèrent un si grand avantage. On m'a assuré que Danton avoit été chez Pache, qu'il avoit proposé d'insurger, en disant que, s'il falloit de l'argent, il avoit (123) la main dans la caisse de la Belgique (124).
Danton vouloit une amnistie pour tous les coupables; il s'en est expliqué ouvertement (125); il vouloit donc la contre-révolution. Il vouloit la dissolution de lia Convention, ensuite la destruction du gouvernement: il vouloit donc la contre-révolution (126).
Fabre, dans ses notes, indiquait comme une preuve de la conspiration de
Hébert les dénonciations contre Dillon et Castellane (127), et
Desmoulins, inspiré par Fabre, vantait Dillon (128).
Westermann est le héros de la faction; elle l'a mis au-dessus des lois, en faisant décréter qu'il ne pouvoit être arrêté (129). Westermann a été appelé par eux à Paris dans le moment de la conspiration. Westermann est un imposteur, un traître, un complice, un reste impur de la faction de Dumouriez. Quels rapprochements!
(Ici s'arrête la partie des Notes de Robespierre que le libraire France a publiées. Le manuscrit qui a été publié dans le catalogue d'autographes de la collection Morrison, t. V, p. 282-283 forme la suite naturelle des notes précédentes.)
Le 8 mars, Danton vouloit faire partir Paris (130), en laissant Dumourier à la tête de l'armée, moïen sûr de livrer Paris à la faction de Dumourier, sans arrêter les ennemis avec lesquels il s'entendoit et surtout sans étouffer la trahison; mesure qui fut accueillie facilement des Brissotins.
Le même jour, Danton, à la mairie, proposa une insurrection, moïen sûr de fournir à Dumourier le prétexte qu'il cherchoit de marcher contre Paris comme le défenseur de la Convention contre ce qu'il 'appeloit des anarchistes et des brigands (131).