Vie et clarté.

Je ne peux pas vous décrire mon bonheur. Toute appréhension m'abandonna: j'étais sauvé, j'oubliais que j'avais souffert.

La clarté qui me réjouissait ainsi n'était qu'un faible rayon qui passait entre deux planches. Elle m'arrivait en ligne oblique, et me paraissait à peine à deux ou trois mètres de distance.

C'était un faible rayon qui passait entre deux planches.

Elle ne pouvait pas venir du pont; il n'existe pas la moindre fissure au plancher d'un navire; et la fente qui laissait pénétrer cette lueur ne pouvait être qu'au volet de l'écoutille, dont le prélart était sans doute enlevé, ou déchiré à cet endroit.

J'avais les yeux rivés sur cette lueur imperceptible, qui me semblait rayonner comme une étoile brillante. Jamais rien ne me parut si doux à contempler; c'était comme le regard d'un ange qui me souriait, et me félicitait de me voir revenir à la vie.

Je m'arrachai cependant à mon extase; j'étais à la fin de mon travail, j'allais recueillir le prix de mes efforts, et ne pouvais m'arrêter au seuil de la délivrance. Plus on est près du but, plus on est impatient de l'atteindre; et je me hâtai d'arracher le reste du dessus de la caisse de modes, où je me trouvais encore.

Puisque cette clarté m'arrivait, j'étais donc au dernier étage de la cargaison; puisqu'elle me venait obliquement, c'est qu'il n'y avait rien entre elle et moi. L'espace qu'elle traversait ne pouvait être qu'au-dessus des caisses et des ballots; rien ne devait le remplir.

Cette conjecture fut bientôt vérifiée. Je sortis de ma case, j'étendis les bras dans tous les sens et ne rencontrai que le vide. Assis au bord de la caisse, j'y restai quelque temps, n'osant pas m'aventurer dans l'espace qui était devant moi, de peur de trouver sous mes pas quelque abîme, et de ne m'en apercevoir qu'en y tombant.