Je regardais la clarté qui me servait de phare, et dont je m'étais rapproché. Mes yeux s'habituaient à la lumière, et malgré la faiblesse du rayon qui m'éclairait, je finis par distinguer tous les objets qu'il y avait autour de moi. Je vis bientôt que le vide au lieu de régner sur toute la cargaison, ainsi que je l'avais cru, ne s'étendait qu'à peu de distance de ma caisse. C'était un creux circulaire, une sorte d'amphithéâtre fermé de tous côtés par les marchandises empilées dans la cale, un espace laissé au-dessous de l'écoutille, et où gisaient des barils et des sacs, destinés sans doute à l'approvisionnement de l'équipage, et placés de manière qu'on pût les prendre facilement, à mesure que le besoin s'en ferait sentir.

C'était sur l'un des côtés de cette espèce d'entonnoir que j'étais sorti de ma galerie. Sans aucun doute j'étais sur le pont. Je n'avais plus qu'à faire quelque pas, à frapper aux planches qui se trouvaient au-dessus de ma tête; et l'on venait à mon secours.

Mais, bien qu'il ne me fallût qu'un simple effort, un seul cri pour recouvrer la liberté, je fus longtemps sans avoir le courage de faire cet effort libérateur.

Je n'ai pas besoin de vous dire pourquoi. Rappelez-vous tous mes ravages. Les dégâts s'élevaient peut-être à des centaines de livres. Songez à l'impossibilité où je me trouvais de faire la plus légère restitution, de dédommager qui que ce fût de la perte dont j'étais cause, et vous comprendrez pourquoi je restais immobile sur la caisse aux chapeaux. Une inquiétude affreuse s'était emparée de mon esprit. Le dénoûment que pouvait avoir ce drame me remplissait de terreur, et j'hésitais à le faire naître.

Comment regarder en face le capitaine, affronter la colère du lieutenant? Je frissonnais rien que d'y penser. Quel châtiment allais-je avoir à subir? Peut-être me jetterait-on à la mer.

Un tressaillement d'horreur parcourut toutes mes veines; la disposition de mon âme avait brusquement changé; cette lumière tremblante, qui l'instant d'avant m'inondait de joie, ne m'inspirait plus qu'une horrible crainte; et ma poitrine se serrait tandis que mes yeux la regardaient avec stupeur.

CHAPITRE LXIV.

Un équipage surpris.

Je cherchai un moyen de réparer le mal que j'avais fait; mais ces réflexions ne firent qu'augmenter mon amertume. Je ne possédais pas une obole: tout mon avoir consistait dans ma vieille montre. Si je l'offrais à ceux.... Quelle dérision! Elle ne payerait pas le biscuit que j'avais mangé.

Il me restait bien autre chose, et je l'ai toujours, car je l'ai conservé jusqu'à présent; mais cet objet, qui pour moi avait tant de prix, ne valait pas six pence. Vous devinez que je parle de mon vieux couteau.