En disant ces mots, je lirai de ma poche mon biscuit et mon fromage, auxquels je fis honneur, bien que je n'eusse pas l'habitude de manger pendant la nuit.

Les caisses se remuaient toujours au-dessus de ma tête; loin de diminuer, le bruit augmentait. «Quelle rude besogne pour ces pauvres matelots! m'écriai-je; il est probable qu'ils auront double paye.»

Tout à coup les chants cessèrent; un profond silence régna sur le navire; du moins je n'entendis plus aucun bruit.

«Ils seront allés se coucher, supposai-je; et cependant il va bientôt faire jour. Mais puisqu'ils vont dormir, pourquoi ne pas faire comme eux: ce sera toujours autant de gagné.»

Je m'étendis le mieux que je pus dans mon étroite cachette, où je dormais parfaitement lorsqu'un nouveau tapage me réveilla en sursaut.

«Comment, encore! ce n'était pas la peine de se coucher, me dis-je à moi-même; il n'y a pas plus d'une heure qu'ils sont allés trouver leurs hamacs, et les voilà qu'ils retravaillent! c'est un singulier navire! Peut-être la moitié de l'équipage a-t-elle dormi pendant que l'autre veillait; et ce sont probablement ceux qui ont fini leur somme qui viennent relever leurs camarades.»

Cette conjecture me laissa l'esprit en repos. Mais il m'était impossible de me rendormir, et je continuai de prêter l'oreille.

Jamais nuit de décembre ne m'avait paru plus longue; les hommes continuaient leur travail; ils se reposaient pendant une heure, se remettaient à l'ouvrage et le jour ne paraissait pas.

Je commençai à croire que je rêvais, que je prenais les minutes pour des heures. Mais j'avais alors un appétit féroce; car à trois reprises différentes j'étais tombé sur mes provisions avec une faim qui les avait épuisées.

Tandis que je finissais d'avaler mon biscuit et mon fromage, le bruit cessa complétement; j'écoutai, rien ne frappa mes oreilles, et je m'endormis au milieu du silence le plus complet.