Je me levai avec effort et me glissai hors de ma cachette, en m'appuyant sur le tonneau, qui m'aidait à me conduire, car je marchais à tâtons. Lorsque je fus au bout de la futaille, j'étendis la main pour retrouver l'issue par laquelle j'étais entré; mais elle me parut close. Je n'en pouvais croire mes sens; j'étendis la main de nouveau, et recommençai vingt fois mon exploration, l'ouverture n'existait plus: une caisse énorme fermait l'endroit par lequel je m'étais introduit, et le fermait tellement bien que je pouvais à peine fourrer le bout de mon petit doigt entre cette caisse et les ballots entassés qui la bloquaient de toute part.
J'essayai de la mouvoir, mais elle ne bougea pas; j'y appuyai l'épaule, j'y employai toute ma force, elle n'en fut pas même ébranlée.
Voyant que je ne pouvais y parvenir, je rentrai dans ma cachette avec l'espoir de passer derrière la futaille et faire le tour de cette malheureuse caisse; nouveau désappointement! il n'y avait pas de quoi fourrer la main entre le fond de la barrique et une autre futaille exactement pareille; une souris devait être obligée de s'aplatir pour se glisser entre ces deux tonnes, dont la dernière s'appliquait exactement à la paroi du vaisseau.
Je pensai alors à grimper sur la futaille, et à me faufiler au-dessus de la caisse qui m'obstruait le passage; mais entre le point culminant du tonneau et une grande poutre qui s'étendait en travers de la cale, c'est tout au plus s'il y avait un espace de quelques centimètres, et si petit que je pusse être, il ne fallait pas songer à m'y introduire.
Je vous laisse à imaginer quelle fut mon impression lorsque j'eus acquis la certitude d'être enfermé dans la cale au milieu des marchandises, emprisonné, muré par la cargaison tout entière.
CHAPITRE XXI.
Enseveli tout vivant!
Je comprenais maintenant pourquoi la nuit m'avait paru si longue. La lumière avait brillé, mais je n'en avais rien su; les matelots avaient travaillé pendant le jour, tandis que, plongé dans les ténèbres, je croyais qu'il était nuit. Il y avait sans doute plus de trente-six heures que je me trouvais à bord; voilà pourquoi j'avais eu faim, pourquoi ma soif était si ardente, et mon corps si douloureux.
Les instants de repos qui, au milieu du bruit continuel, me paraissaient revenir d'une façon méthodique, étaient les heures de repas; et le silence qui avait précédé notre départ, silence dont la prolongation m'avait frappé, était la deuxième nuit que je passais dans la cale.
J'y étais à peine installé que je m'étais endormi. C'était le soir. Il est probable que, le lendemain matin, je ne m'éveillai pas de bonne heure; et c'était pendant mon sommeil que les matelots, en arrangeant la cale, avaient rempli les vides qui m'avaient permis d'y entrer.