Hélas; ma joie devait s'éteindre aussi promptement qu'elle était née. Je fus néanmoins quelque temps avant d'en arriver là; il me fallut d'abord parcourir avec les mains toute la surface de la barrique, en palper toutes les douelles, avec le tact soigneux qui caractérise les aveugles; et je recommençai l'opération plus d'une fois avant d'accepter la triste certitude que la bonde se trouvait du côté de la muraille, il m'était impossible de l'atteindre, et la précieuse barrique m'était complétement fermée.

Je savais que tous les tonneaux ont une seconde ouverture, située à l'un des deux fonds, et je m'étais mis en quête de celle qui devait exister à ma futaille; mais le premier mouvement que je fis m'annonça que les deux bouts en étaient bloqués, l'un par une caisse, l'autre par la seconde barrique mentionnée dans l'inventaire de ma cellule.

Il me vint à l'esprit que cette dernière pouvait également contenir de l'eau, et j'en commençai l'inspection; mais je ne pus tâter qu'une faible partie de son étendue, et n'y rencontrai que la surface unie du chêne, qui m'opposait la résistance du roc.

C'est alors que je retombai dans ma misère, et que je me livrai à tout ce que le désespoir a de plus cruel. Plus que jamais la tentation était vive; j'entendais l'eau à trois centimètres de mes lèvres, et je ne pouvais pas la goûter. Oh! si j'avais pu seulement en humecter ma gorge brûlante!

S'il y avait eu près de moi une hache, et que ma prison eût été assez haute pour que je pusse m'en servir, comme j'aurais largement ouvert cette grande citerne pour m'abreuver de son contenu! Mais je n'avais pas de hache, pas d'instruments tranchants, et sans une bonne lame comment percer ou fendre ces douelles de chêne, aussi impénétrables pour moi que du fer? Quand même j'aurais trouvé l'une ou l'autre des ouvertures de la futaille, avec quoi en aurais-je ôté le bondon, arraché le fausset? Je n'y avais pas songé dans mon élan de bonheur; mais il était impossible de le faire avec mes doigts, sans tenailles, sans levier d'aucune espèce.

Je crois m'être levé en chancelant, pour examiner de nouveau la barrique; je n'en suis pas sûr, tant j'étais foudroyé par la déception amère qui avait suivi ma joie; il m'est resté néanmoins un vague souvenir d'avoir machinalement exploré le dessus du tonneau, essayé de mouvoir la caisse; et plus consterné que jamais de l'inutilité de mes efforts, d'être revenu me coucher, en proie au plus morne désespoir.

J'ignore combien de temps dura cette nouvelle crise; mais je me souviens toujours du fait qui dissipa la fatale influence sous laquelle je succombais, et qui me rendit toute mon activité.

CHAPITRE XXIV.

La barrique est mise en perce.

Étendu sur les planches de ma cellule, la tête reposant sur mon bras, je sentis quelque chose me blesser à la cuisse; était-ce un nœud du bois ou un caillou sur lequel j'étais couché? dans tous les cas c'était un objet qui me faisait souffrir, et j'étendis la main pour l'éloigner. À ma grande surprise je ne trouvai rien par terre, le plancher était parfaitement uni, et l'objet qui me faisait mal se trouvait dans ma poche.