J'avais eu tellement peur que je ne pensais pas à regarder où pouvait être mon sloop; je lui laissai finir paisiblement sa traversée, et courant aussi vite que mes jambes pouvaient le faire, je ne m'arrêtai qu'à la maison, où j'allai me mettre devant le feu pour sécher mes habits.

CHAPITRE III.

Nouveau péril.

Vous croyez peut-être que la leçon que j'avais reçue, en tombant dans le bassin, était assez forte pour qu'à l'avenir je craignisse d'approcher de l'eau. Pas le moins du monde; à cet égard l'expérience ne me servit pas, mais elle me fut utile sous un autre rapport: elle me fit comprendre l'avantage que possède un bon nageur, et sous l'impression du péril que je venais de courir dans le parc, je résolus de faire tous mes efforts pour apprendre à nager.

Ma mère m'y encouragea vivement; et dans une de ses lettres, mon père, qui était en voyage, approuva cette résolution; il désigna même la méthode que je devais employer; je m'empressai de suivre ses conseils, et je m'appliquai à le satisfaire, car je savais que l'un de ses vœux était de me voir réussir. Tous les jours, en sortant de l'école, souvent deux fois dans la journée, pendant les grandes chaleur, je me plongeais dans la mer, où je battais l'eau, et me démenais avec l'animation d'un jeune marsouin. Quelques-uns de mes camarades, plus âgés que moi, me donnèrent une ou deux leçons, et j'eus bientôt le plaisir de faire la planche sans le secours de personne. Je me rappelle combien je me sentis fier lorsque j'eus accompli ce haut fait natatoire, et la sensation délicieuse que j'éprouvai la première fois que je flottai sur le dos.

Permettez à ce sujet-là que je vous donne un conseil: croyez-moi, suivez mon exemple, apprenez à nager. Vous pouvez en avoir besoin plus tôt que vous ne le pensez. Demain, peut-être, vous regretterez votre impuissance en voyant mourir le compagnon que vous auriez pu sauver; et qui vous dit que tôt ou tard cela ne vous sauvera pas vous-même?

À présent que les voyages se multiplient chaque jour, on a bien plus de chances de se noyer que l'on n'en avait autrefois: presque tout le monde s'embarque, traverse la mer, descend les fleuves; le nombre des individus qui, pour leurs affaires ou leur plaisir, s'exposent à tomber dans l'eau est incroyable; et, parmi ces voyageurs, une proportion, malheureusement bien grande, est noyée, surtout dans les années de tempête. Je ne veux pas dire qu'un nageur, même le plus fort que l'on connaisse, puisse gagner la terre s'il fait naufrage au milieu de l'Atlantique, ou seulement du Pas-de-Calais, mais on peut gagner une chaloupe, une cage à poules, une esparre, une planche ou un tonneau; les faits sont là qui prouvent que bien des gens ont été sauvés par des moyens aussi chétifs. Un navire peut être en vue, se diriger vers la scène du désastre, et le bon nageur peut l'atteindre, ou se soutenir sur les flots jusqu'à son arrivée, tandis que les malheureux qui ne savaient pas nager sont tombés au fond de la mer.

Vous savez d'ailleurs que ce n'est pas au milieu des océans que se perdent la plupart des vaisseaux; la tempête est rarement assez forte pour briser un navire en pleine mer; il faut pour cela qu'elle ait, suivant une expression de matelots, déchargé tous ses canons; c'est en général en vue du port ou sur le rivage même que les bâtiments sont détruits. Vous comprenez combien, en pareil cas, il est précieux de savoir nager; il y a tous les ans plusieurs centaines d'individus qui périssent à cent mètres d'une côte. De semblables catastrophes arrivent dans les rivières: un bateau chavire, et les gens qui s'y trouvaient sont noyés à quelques brasses de la rive.

Tous ces faits sont connus; ils se passent à la face de toute la terre, et l'on se demande comment tout le monde ne se tient pas pour averti, et n'apprend pas à nager.

On est surpris de ne pas voir les gouvernements pousser la jeunesse à acquérir un talent aussi précieux.