Je fus d'abord très-intrigué; puis je finis par trouver le mot de l'énigme. Ce n'était pas par l'ouverture que fermait l'habit qu'ils avaient pénétré, c'était par une autre dont ils avaient rongé le tampon, sans doute insuffisant.
Ma curiosité pouvait être satisfaite; mais mes alarmes n'en étaient pas moins grandes; au contraire, elles n'en devenaient que plus vives. Quelle obstination chez ces rats! Qu'est-ce qui pouvait les attirer dans ma cabine, où ils ne recevaient que des coups, et où l'un d'eux avait trouvé la mort? Cela ne pouvait être que l'envie de me dévorer.
J'avais beau me creuser l'esprit, je ne voyais pas d'autre motif à leur entêtement.
Cette conviction réveilla tout mon courage; je n'avais dormi qu'une heure; mais il fallait avant tout réparer ma forteresse et augmenter mes moyens de défense. J'enlevai l'un après l'autre tous les morceaux d'étoffe qui bouchaient les fentes, les ouvertures de ma cabine, et je les remis avec plus de solidité; j'allai même jusqu'à tirer de la caisse, où elles étaient renfermées, deux pièces de drap, pour augmenter l'épaisseur de mes tampons. Il y avait précisément à côté de cette caisse une multitude de crevasses qui me donnèrent beaucoup de peine, et qu'après avoir remplies du mieux possible, je fortifiai d'un rouleau d'étoffe, posé debout et violemment enfoncé dans une encoignure qui se trouvait là: celle qui résultait du vide par où je m'étais introduit dans ma triste cachette. Une fois ma nouvelle redoute érigée, il n'y avait plus moyen, même pour un rat, de pénétrer dans ma cellule; je pouvais dormir tranquille. Le seul désavantage de ce bastion, était de me masquer la boîte où j'avais mon biscuit, et de m'empêcher d'y arriver facilement. Toutefois je m'en étais aperçu avant la complète érection du fort, et j'avais sorti de la caisse une quantité de biscuits suffisante pour vivre pendant quinze jours. Lorsqu'elle serait épuisée, je dérangerais ma pièce d'étoffe, et avant que les rats aient pu venir, je serais approvisionné pour la quinzaine suivante.
Il s'écoula deux heures avant que j'eusse terminé ces nouvelles dispositions; car je mettais le plus grand soin à réparer mes murailles; c'était une affaire sérieuse, non pas un jeu, que de se défendre contre un pareil ennemi.
Lorsque ma clôture fut aussi rassurante que possible, je me disposai à dormir, bien certain cette fois que ce serait pour un long somme.
CHAPITRE XLII.
Profond sommeil.
Mon espoir ne fut pas trompé; je dormis pendant douze heures, non pas toutefois sans faire d'horribles rêves; je me battis avec les rats, avec les crabes, et mon sommeil fut bien loin de me donner le repos que j'en attendais. J'aurais à cet égard aussi bien fait de ne pas dormir, je ne crois pas que ma fatigue en eût été plus grande; mais j'eus à mon réveil une satisfaction bien vive, en ne trouvant dans ma cellule aucun des intrus qui avaient rempli mes rêves, et en m'assurant que mes fortifications n'avaient souffert aucune atteinte.
Les jours suivants se passèrent dans la même quiétude; sous le rapport de mes dangereux voisins, et j'en éprouvai une sorte de bien-être qui ne fut pas sans douceur.