Je regrettais maintenant que ce ne fût pas une caisse de drap; avec de la patience, j'aurais pu la vider et la franchir; mais je ne pouvais rien contre ce bloc de toile, aussi dur que le marbre, qui ne se laissait ni entamer ni mouvoir; la trancher avec mon couteau, c'était le travail de plus de huit jours, et mes provisions ne dureraient pas jusque-là.

Je restai quelque temps inactif, me demandant ce que j'allais faire. Mais les minutes étaient trop précieuses pour les employer à réfléchir; l'action seule pouvait me sauver, et je fus bientôt remis à l'œuvre.

J'avais résolu de vider la seconde caisse de draperie, de la défoncer, et de voir ce qu'il y avait derrière elle.

La boîte était ouverte, il ne fallait qu'en retirer l'étoffe. Par malheur c'était le bout des pièces qui était tourné vers moi, et je crus un instant que j'échouerais dans mon entreprise. Néanmoins, à force de tirer, d'ébranler, de secouer ces rouleaux qui se présentaient de profil, je parvins à en arracher deux, et les autres suivirent plus facilement.

Comme dans la caisse précédente, je trouvai au fond de celle-ci des pièces plus volumineuses que les premières, et qui ne pouvaient plus sortir par le trou du couvercle. Pour m'éviter la peine d'agrandir l'ouverture, j'adoptai le moyen qui m'avait déjà servi: je déroulai mon étoffe comme j'avais fait la première fois.

Cela me parut d'abord facile. Je me félicitai de mon expédient; mais il fut bientôt la cause d'un embarras que j'aurais dû prévoir, et qui vint singulièrement compliquer mes ennuis.

Mon travail se ralentissait peu à peu; il devenait pénible, et cependant l'étoffe se déroulait avec d'autant plus de facilité que la caisse était moins pleine. Il fallut enfin m'arrêter; je fus quelque temps sans deviner à quel obstacle j'avais affaire; un instant de réflexion me fit tout comprendre.

Il était évident que je ne pouvais plus rien retirer de la caisse avant d'avoir ôté l'étoffe que j'avais accumulée derrière moi.

Comment faire pour me désencombrer? Je ne pouvais pas détruire cette masse de drap, y mettre le feu, ni la diminuer; je l'avais déjà foulée de toutes mes forces, et il n'y avait pas moyen de la presser davantage.

Je m'apercevais maintenant de l'imprudence que j'avais commise en déployant l'étoffe, j'en avais augmenté le volume, et il n'était pas moins impossible de la replacer dans la caisse que de la retirer de l'endroit qu'elle occupait. Elle gisait en flots serrés jusque dans ma cabine, qu'elle remplissait tout entière; je n'aurais pas même pu la replier, car l'espace me manquait pour me mouvoir; et je me sentis gagner par l'abattement.