«Oh! non, pensai-je, il ne sera pas dit que je me serai découragé, tant qu'il me restera à faire un dernier effort. En gagnant seulement assez de place pour sortir une dernière pièce, je pourrai traverser la caisse.» L'espérance était encore au fond de la botte. Si après cela je ne rencontrais que de la toile ou du lainage, il serait temps de m'abandonner à mon sort.
Tant qu'il y a de la vie, on ne doit pas désespérer; et soutenu par cette idée consolante, je me remis à la tache avec une nouvelle ardeur.
Je trouvai le moyen déplacer deux autres pièces de drap; la caisse était à peu près vide; je finis par m'y introduire, et, prenant mon couteau, je me disposai à m'ouvrir un passage.
Il me fallait, cette fois, couper la planche au milieu, car l'étoffe m'en cachait les deux extrémités. Cela faisait peu de différence; l'ouverture que je pratiquai ne m'en suffit pas moins pour atteindre mon but: c'est-à-dire qu'elle me permit d'y fourrer la main, et de reconnaître ce dont la planche me séparait. Triste résultat de mes efforts: c'était un second ballot de toile.
Je serais tombé si le fait avait été possible; mais j'étais pressé de toute part, et ne pus que m'affaisser sur moi-même, n'ayant plus ni force ni courage.
CHAPITRE XLVII.
Excelsior!
Ce fut encore la faim qui me tira de ma torpeur; l'estomac réclamait sa nourriture quotidienne, il fallait lui obéir. J'aurais pu manger sans bouger de place, ayant mon biscuit avec moi; mais la soif m'obligeait à retourner dans ma cabine. C'était là que se trouvait ma cave, s'il importait peu que je fusse ailleurs, soit pour manger, soit pour dormir, j'étais contraint pour boire d'aller retrouver mon tonneau.
Ce n'était pas une chose facile que de rentrer dans ma case; il fallait déranger cette masse d'étoffe qui s'élevait comme un mur entre elle et moi. Je devais le faire avec soin pour ménager la place; autrement je refoulais cette masse de laine dans la cabine, et je ne pouvais pas pénétrer jusqu'au fond.
Il me fallut beaucoup de temps pour gagner la futaille. Enfin j'y arrivai; et lorsque ma soif fut apaisée, ma tête s'inclina, puis je m'endormis, soutenu par le monceau d'étoffe qui se trouvait derrière moi.