--Hourra! hourra! s'écria Garey de toutes ses forces. Ce sont vos hommes, capitaine.

Les Mexicains effrayés, à l'aspect de ces nouveaux ennemis sur lesquels ils ne comptaient pas, restaient indécis. Ils crurent d'abord qu'ils avaient affaire à une seconde bande de Peaux-Rouges; mais une volée de balles leur prouva que leurs adversaires étaient des soldats disciplinés; et, tournant bride à gauche, ils s'enfuirent dans la prairie.

Alors, les Indiens, pour leur couper le passage, prirent une direction de biais. Nos hommes, qui pendant ce temps s'étaient rapprochés, imitèrent de leur côté cette manoeuvre. Un instant après, ils étaient aux prises avec les sauvages.

La lune, qui ne projetait plus qu'une clarté mourante, s'ensevelit tout à coup dans les nuages. Garey et moi nous ne vîmes donc rien du combat; mais nous entendions le choc des combattants, le cri de guerre des Peaux-Rouges, les clameurs de nos hommes, la fusillade, les décharges successives des révolvers, le cliquetis des sabres et des lances, les hennissements des chevaux, les lamentations des blessés. Nos angoisses ne durèrent pas plus d'un quart d'heure. Au bout de ce temps, le combat cessa. Quand la lune reparut, tout était retombé dans le silence. Sur la prairie gisaient pêle-mêle des hommes et des chevaux. Au loin, vers le sud, fuyaient les Mexicains. Un hourra triomphal nous annonça que la victoire était restée aux nôtres.

--Bill, es-tu là? cria tout à coup une voix que nous reconnûmes.

--Me voici! répondit Garey.

--Eh bien, que t'en semble? Les Indiens ont reçu leur tripotée, quant aux Mexicains, ils ont mieux aimé ne pas l'attendre et ils ont détalé, les lâches.

C'était Ruben qui parlait.

L'engagement avait été même moins long que nous ne l'avions supposé. Des deux côtés l'impétuosité de l'attaque avait été telle que personne n'avait rechargé son arme après le premier coup de feu. Le cri de guerre des Indiens devait avoir semé l'épouvante parmi les Mexicains, car le sol était jonché de leurs mousquets et de leurs lances.

Mais, quoique de courte durée, le combat avait causé des pertes sérieuses aux Mexicains et aux Peaux-Rouges. Huit des premiers, seize des derniers avaient succombé; malheureusement mes hommes ne s'en étaient pas tirés tout à fait sains et saufs. Deux d'entre eux, atteints par les lances des Comanches, étaient tombés morts. Une douzaine environ avaient été plus ou moins grièvement blessés par les fusils des sauvages.