Les Indiens, comme l'avait fort bien reconnu Garey à leur cri de guerre, étaient en effet des Comanches, qui avaient dessein de piller une ville mexicaine de l'autre côté de Rio-Grande, à une centaine de milles de ma garnison. Leurs éclaireurs avaient aperçu les cavaliers mexicains, dont les chevaux harnachés d'argent, les uniformes et les couvertures de drap fin, les guêtres garnies de boutons d'argent et les mousquets avaient excité la convoitise des Peaux-Rouges, qui s'étaient décidés à les surprendre. Nous apprîmes tous ces détails d'un de leurs guerriers qui était tombé blessé en nos mains. Un interrogatoire plus précis le fit reconnaître pour un Mexicain capturé par une tribu indienne, à laquelle il s'était associé pour échapper au supplice que ces sauvages infligent à leurs prisonniers.

Ruben avait atteint mon village sans encombre. Il avait rapporté sommairement à mon lieutenant ce qui était arrivé et le danger que je courais. Dix minutes après, une cinquantaine de mes hommes étaient partis, sous la conduite du vieux trappeur, dans la direction de la colline. S'ils n'étaient pas arrivés à temps, les Indiens nous auraient probablement débarrassés des Mexicains; mais, dans ce cas, nous aurions perdu nos chevaux.

Nous opérâmes notre descente à l'aide du lasso, et quand nous eûmes rejoint Ruben et que nous nous fûmes embrassés d'une étreinte vraiment fraternelle, nous remontâmes en selle. Moins d'une heure après, je prenais une délicieuse tasse de café sur ma terrasse avec mes deux compagnons d'aventures, et nos émotions n'étaient plus que des souvenirs.

C'est ainsi que j'entrai en possession du Cheval blanc, le plus beau mustang qui, de mémoire d'homme, ait foulé la pampa mexicaine.

TABLE DES MATIÈRES

[I.] La lettre

[II.] La chasse

[III.] La Fondrière

[IV.] Egaré

[V.] Un repas dans la prairie