—Tu as raison en cela, vieux, remarqua un chasseur.
—Eh bien, le gredin sait bien ça. Vous comprenez maintenant, et c'est aussi clair que le pic du Pike, qu'il est revenu sur ses pas sans dire aux autres une syllabe de pourquoi; il ne le leur a bien sûr pas laissé savoir s'il a pu faire autrement.
—Cela est vraisemblable, dit Séguin; continuez, Rubé.
—Bien plus encore, continua le trappeur, je parierais gros qu'il leur a défendu de le suivre, afin que personne ne pût voir ce qu'il venait faire. S'il avait eu la pensée qu'on le soupçonnât, il aurait envoyé quelque autre, et ne serait pas venu lui-même: voilà ca qu'il aurait fait.
Cela était assez vraisemblable, et la connaissance que les chasseurs de scalps avaient du caractère des Navajoès les confirma tous dans la même pensée.
—Je suis sûr qu'ils reviendront en arrière, continua Rubé, du moins la moitié de la tribu, celle qu'il commande. Mais il se passera trois jours et peut-être quatre avant qu'ils ne boivent l'eau de Pignion.
—Mais ils seront sur nos traces le jour d'après.
—Si nous sommes assez fous pour laisser des traces, ils les suivront, c'est clair.
—Et comment ne pas en laisser? demanda Séguin.
—Ça n'est pas plus difficile que d'abattre un arbre.