—Eh bien donc, qu'un de nous enfourche le mustang de l'Indien; n'importe qui peut faire ça aussi bien que moi; qu'il traverse le sentier des Paches, et qu'il jette ces flèches la pointe tournée vers le sud, et si les Navaghs ne suivent pas cette direction jusqu'à ce qu'ils aient rejoint les Paches, l'Enfant vous abandonne sa chevelure pour une pipe du plus mauvais tabac de Kentucky.
—Viva! Il a raison! il a raison! Hourra pour le Vieux Rubé! s'écrièrent tous les chasseurs en même temps.
—Ils ne comprendront pas trop pourquoi il a pris ce chemin, mais ça ne fait rien. Ils reconnaîtront les flèches, ça suffit. Pendant qu'ils s'en retourneront par là-bas, nous irons fouiller dans leur garde-manger; nous aurons tout le temps nécessaire pour nous tirer tranquillement du guêpier, et revenir chez nous.
—Oui, c'est cela, par le diable!
—Notre bande, continua Rubé, n'a pas besoin de venir jusqu'à la source du Pignion, ni à présent ni après. Elle peut traverser le sentier de la guerre, plus haut, vers le Heely, et nous rejoindre de l'autre côté de la montagne, où il y a en masse du gibier, des buffalos et du bétail de toute espèce. La vieille terre de la Mission en est pleine. Il faut absolument que nous passions par là; il n'y a aucune chance de trouver des bisons par ici, après la chasse que les Indiens viennent de leur donner.
—Tout cela est juste, dit Séguin. i1 faut que nous fassions le tour de la montagne avant de rencontrer des buffalos. Les chasseurs indiens les ont fait disparaître des Llanos. Ainsi donc, en route! mettons-nous tout de suite à l'ouvrage. Nous avons encore deux heures avant le coucher du soleil. Par quoi devons-nous commencer, Rubé? Vous avez fourni l'ensemble du plan; je me fie à vous pour les détails.
—Eh bien, dans mon opinion, cap'n, la première chose que nous ayons à faire, c'est d'envoyer un homme, au grandissime galop, à la place où la bande est cachée; il leur fera traverser le sentier.
—Où pensez-vous qu'ils devront le traverser?
—A peu près à vingt milles au nord d'ici, il y a une place sèche et dure, une bonne place pour ne pas laisser de traces. S'ils savent s'y prendre, ils ne feront pas d'empreintes qu'on puisse voir. Je me chargerais d'y faire passer un convoi de wagons de la compagnie Bent sans que le plus madré des Indiens soit capable d'en reconnaître la piste; je m'en chargerais.
—Je vais envoyer immédiatement un homme. Ici, Sanchez! vous avez un bon cheval, et vous connaissez le terrain. Nos amis sont cachés à vingt milles d'ici, tout au plus; conduisez-les le long du bord et avec précaution, comme on l'a dit. Vous nous trouverez au nord de la montagne. Vous pouvez courir toute la nuit, et nous avoir rejoints demain de bonne heure. Allez!