On s'arrêta à ce dernier parti. Le squelette fut amené en bas; les taches de sang soigneusement effacées des rochers; le crâne brisé d'un coup de tomahawk; les ossements mis en pièces; puis le tout fut jeté dans le feu mêlé avec un tas d'os de buffalos déjà carbonisés sous les cendres. Un anatomiste seul aurait pu trouver là les vestiges d'un squelette humain.

—A présent, Rubé, les flèches?

—Si vous voulez me laisser faire avec Billy Garey, je crois qu'à nous deux nous arrangerons ça de manière à mettre dedans tous les Indiens du pays. Nous aurons à peu près trois milles à faire, mais nous serons revenus avant que vous ayez fini de remplir les gourdes, les outres, et tout préparé pour le départ.

—Très-bien! prenez les flèches.

—C'est assez de quatre attrapes, dit Rubé, tirant quatre flèches du carquois. Gardez le reste. Nous aurons besoin de viande de loup avant de nous en aller. Nous ne trouverons pas la queue d'une autre bête, tant que nous n'aurons pas fait le tour de lamontagne. Billy! enfourche-moi le mustang de ce Navagh. C'est un beau cheval; mais je ne donnerais pas ma vieille jument pour tout un escadron de ses pareils. Prends une de ces plumes noires.

Le vieux trappeur arracha une des plumes d'autruche du casque de Dacoma, et continua:

—Garçons! veillez sur la vieille jument jusqu'à ce que je revienne; ne la laissez pas échapper. Il me faut une couverture. Allons! ne parlez pas tous à la fois.

—Voilà, Rubé, voilà! crièrent tous les chasseurs, offrant chacun sa couverture.

—J'en aurai assez d'une. Il ne nous en faut que trois; celle de Bill, la mienne et une autre. Là, Billy, mets ça devant toi. Maintenant suis le sentier des Paches pendant trois cents yards à peu près, et ensuite tu traverseras; ne marche pas dans le frayé; tiens-toi à mes côtés, et marque bien tes empreintes. Au galop, animal!

Le jeune chasseur appuya ses talons contre les flancs du mustang, et partit au grand galop en suivant le sentier des Apaches. Quand il eut couru environ trois cents yards, il s'arrêta, attendant de nouvelles instructions de son camarade. Pendant ce temps, le vieux Rubé prenait une flèche, et, attachant quelques brins de plumes d'autruche à l'extrémité barbelée, il la fichait dans la plus élevée des perches que les Indiens avaient laissées debout sur le terrain du camp. La pointe était tournée vers le sud du sentier des Apaches, et la flèche était si bien en vue, avec sa plume noire, qu'elle ne pouvait manquer de frapper les yeux de quiconque viendrait du côté des Llanos. Cela fait, il suivit son camarade à pied, se tenant à distance du sentier et marchant avec précaution. En arrivant près de Garey, il posa une seconde flèche par terre, la pointe tournée aussi vers le sud, et de façon à ce qu'elle pût être aperçue de l'endroit où était la première. Garey galopa encore en avant, en suivant le sentier, tandis que Rubé marchait, dans la prairie, sur une ligne parallèle au sentier.