—Halte! messieurs, dit Séguin, halte! et faites silence. Va en avant, Rubé. Venez, monsieur Haller; vous êtes un amateur de chasse; venez avec nous!
Je suivis le guide et Séguin à travers les buissons, m'avançant tout doucement et silencieusement, comme eux. Au bout de quelques minutes, nous atteignions le bord d'une prairie remplie de hautes herbes. En regardant avec précaution à travers les feuilles d'un prosopis, nous découvrîmes toute la clairière. Les buffalos étaient au milieu. C'était, comme Rubé l'avait bien conjecturé, une petite prairie, large d'un mille et demi environ, et fermée de tous côtés par un épais rideau de forêts. Près du centre il y avait un bouquet d'arbres vigoureux qui s'élançait du milieu d'un fourré touffu. Un groupe de saules, en saillie sur ce petit bois, indiquait la présence de l'eau.
—Il y a une source là-bas, murmura Rubé; ils sont justement en train d'y rafraîchir leurs mufles.
Cela était assez visible; quelques-uns des animaux sortaient en ce moment du milieu des saules, et nous pouvions distinguer leurs flancs humides et la salive qui dégouttait de leurs babines.
—Comment les prendrons-nous, Rubé? demanda Séguin; pensez-vous que nous puissions les approcher?
—Je n'en doute pas, cap'n. L'herbe peut nous cacher facilement, et nous pouvons nous glisser à l'abri des buissons.
—Mais comment? Nous ne pourrions pas les poursuivre; il n'y a pas assez de champ libre. Ils seront dans la forêt au premier bruit. Nous les perdrons tous.
—C'est aussi vrai que l'Écriture.
—Que faut-il faire alors?
—Le vieux nègre ne voit qu'un moyen à prendre.