—Mais pourquoi ne l'avez-vous pas pris vous-même? Vous saviez bien où le docteur fourrait ça, et vous auriez pu l'attraper bien plus facilement que moi.
—Pourquoi, Barney?
—Parce que, mon ami, je ne veux pas me mettre mal avec M. le docteur, il pourrait me soupçonner.
—Je ne vois pas clairement la chose. Il peut vous soupçonner dans tous les cas. Eh bien alors?
—Oh! alors, n'importe! je jurerai mes grands dieux que ce n'est pas moi.
J'aurai la conscience tranquille.
—Par le ciel! nous pouvons prendre la liqueur à présent. Voulez-vous, monsieur Gaoudé; pour moi je ne demande pas mieux: c'est dit, n'est-ce pas?
—Oui, très-bien!
—Pour lors, à présent ou jamais; c'est le bon moment. Le vieux bonhomme est sorti; je l'ai vu partir moi-même. La place est bonne ici pour boire. Venez et montrez-moi où il la cache; et, par saint Patrick, je suis votre homme pour l'attraper!
—Très-bien; allons! monsieur Barney, allons!
Quelque obscure que cette conversation puisse paraître, je la compris parfaitement. Le naturaliste avait apporté parmi ses bagages un petit bocal d'aguardiente, de l'alcool de Mezcal, dans le but de conserver quelques échantillons rares de la famille des serpents ou des lézards, s'il avait la chance d'en rencontrer. Je compris donc qu'il ne s'agissait de rien moins que d'un complot ayant pour but de s'emparer de ce bocal et de vider son contenu.