Quelques notes éclatantes résonnent dans la vallée. Les cavaliers entendent le signal. Ils débouchent des bois et des défilés. Ils galopent à travers la plaine, et se déploient en avançant. En peu de minutes nous avons formé un grand arc de cercle autour de la ville. Nos chevaux nous mènent vers le pied des murailles. L'atajo et le chef captif, confiés à la garde d'un petit nombre d'hommes, sont restés dans le défilé. Les sons du clairon ont attiré l'attention des habitants. Ils s'arrêtent un moment, frappés d'immobilité par la surprise. Ils voient la ligne qui les enveloppe. Ils aperçoivent les cavaliers qui s'avancent. Serait-ce un jeu de la part de quelque tribu amie? Non. Ces voix étrangères, ce clairon, tout cela est nouveau pour les oreilles des Indiens. Quelques-uns cependant ont déjà entendu ces sons, ils reconnaissent la trompette de guerre des visages pâles! Pendant un moment la consternation les prive de la faculté d'agir. Ils nous regardent jusqu'à ce que nous soyons tout près. Ils voient les visages pâles, les armes étranges, les chevaux singulièrement harnachés. C'est l'ennemi! ce sont les blancs! Ils courent d'une place à l'autre, de rue en rue. Ceux qui portaient de l'eau jettent leurs ollas et prennent leur course, en criant, vers les maisons. Ils montent sur les toits et retirent les échelles après eux. Des exclamations sont échangées; les hommes, les femmes et les enfants poussent des cris affreux. La terreur est peinte sur toutes les figures; l'épouvante se lit dans tous leurs mouvements. Pendant ce temps, notre ligne s'est resserrée, et nous ne sommes plus qu'à deux cents yards des murs. Nous faisons halte un moment. Vingt hommes sont laissés pour former une arrière-garde. Les autres se réunissent en corps et se portent en avant sur les pas de leurs chefs.

XXXVII

ADÈLE.

Nous nous dirigeons vers le grand bâtiment, nous l'entourons et nous faisons halte de nouveau. Les vieillards sont toujours sur le toit et garnissent le parapet. Ils sont en proie à la terreur et tremblent comme des enfants.

—Ne craignez rien; nous venons en amis! crie Séguin, parlant une langue qui nous est étrangère et leur faisant des signes.

Sa voix ne peut percer le bruit des cris perçants que l'on entend de tous côtés. Il répète les mêmes mots et renouvelle ses signes avec plus d'énergie. Les vieillards se groupent au bord du parapet. L'un d'entre eux se distingue au milieu de tous les autres. Ses cheveux blancs comme la neige tombent jusqu'à sa ceinture. De brillants ornements pendent à ses oreilles et sur sa poitrine. Il est revêtu d'une robe blanche. Il a toute l'apparence d'un chef; tous les autres lui obéissent. Sur un signe de sa main, les cris cessent. Il se penche au-dessus du parapet comme pour nous parler.

Amigos! amigos! crie-t-il en espagnol.

—Oui, oui, nous sommes des amis, répond Séguin dans la même langue.. Ne craignez rien de nous! Nous ne venons pas pour vous faire du mal.

—Pourquoi nous feriez-vous du mal? Nous sommes en paix avec tous les blancs de l'Est. Nous sommes les fils de Moctezuma. Nous sommes Navajoes. Que voulez-vous de nous?

—Nous venons pour nos parents, vos captives blanches. Ce sont nos femmes et nos filles.