Mais il y en a parmi nous qui les connaissent plus particulièrement. Trois d'entre elles sont reconnues par autant de chasseurs, et à la vue de ceux-ci, elles se précipitent vers le parapet, tendent leurs bras, et poussent des exclamations de joie. Les chasseurs les appellent:

—Pepe!—Rafaela!—Jesusita!—entremêlant leurs noms d'expressions de tendresse. Ils leur crient de descendre, en leur montrant des échelles.

Bajan, niñas, bajan! aprisa! aprisa! (Venez en bas, chères filles; descendez vite, vite!)

Les échelles sont sur les terrasses. Les jeunes filles ne peuvent les remuer. Leurs maîtres se tiennent auprès d'elles, les sourcils froncés, et silencieux.

—Tendez les échelles! crie Garey menaçant de son fusil, tendez les échelles et aidez les jeunes filles à descendre, ou je fais de l'un de vous un cadavre.

—Les échelles! les échelles! crient une multitude de voix.

Les Indiens obéissent. Les jeunes filles descendent, et, un moment après, tombent dans les bras de leurs amis. Deux restaient encore, trois seulement étant descendues. Séguin avait mis pied à terre et les avait examinées toutes les trois. Aucune d'elles n'était l'objet de sa sollicitude. Il monte à l'échelle, suivi de quelques-uns des hommes. Il s'élance de terrasse en terrasse jusqu'à la troisième, et se porte vivement vers les deux captives. Elles reculent à son approche, et, se méprenant sur ses intentions, poussent des cris de terreur. Séguin les examine d'un regard perçant. Le père interroge ses propres instincts, sa mémoire confuse. L'une des femmes est trop âgée; l'autre est affreuse et présente tous les dehors d'une esclave.

—Mon Dieu! se pourrait-il! s'écrie-t-il avec un sanglot. Il y avait un signe… Non! non! cela ne se peut pas! Il s'élance en avant, saisit la jeune fille par le poignet, mais sans brusquerie, relève la manche et découvre le bras jusqu'à l'épaule.

—Non! s'écrie-t-il de nouveau, rien! Ce n'est pas elle.

Il la quitte et s'élance vers le vieil Indien, qui recule, épouvanté de l'expression terrible de son regard.