—Je l'ai vu, lui, qui la pressait de rentrer, ajoute une seconde, montrant le vieil Indien. Il l'a cachée.
—Caval! s'écrie une autre, peut-être dans l'Estufa.
—L'Estufa? qu'est-ce que c'est?
C'est l'endroit où brûle le feu sacré, où il prépare ses médicaments.
—Où est-ce? Conduisez-moi.
—Ay de mi! nous ne savons pas le chemin; c'est un endroit secret oû on brûle les gens! Ay de mi!
—Mais, señor, c'est dans le temple, quelque part sous terre. Il le sait bien. Il n'y a que lui qui ait le droit d'y entrer. Ourraï! l'Estufa est un endroit terrible, c'est du moins ce que tout le monde dit.
Une idée vague que sa fille peut être en danger traverse l'esprit de Séguin. Peut-être est-elle morte déjà, ou en proie à quelque terrible agonie. Il est frappé, et nous le sommes comme lui, de l'expression de froide méchanceté qui se montre sur la physionomie du vieux chef-médecin. Il y a dans cette figure quelque chose de plus que chez les Indiens ordinaires, quelque chose qui indique une détermination entêtée de mourir, plutôt que d'abandonner ce qu'il a mis dans sa tête de conserver. On reconnaît en lui cette ruse démoniaque, caractère distinctif de ceux qui, parmi les tribus sauvages, s'élèvent à la position qu'il occupe. En proie à cette idée, Séguin court vers les échelles, remonte sur le toit, suivi de quelques hommes. Il se jette sur le prêtre imposteur, le saisit par ses longs cheveux.
—Conduis-moi vers elle! crie-t-il d'une voix de tonnerre, conduis-moi vers cette reine, la reine des mystères! Elle est ma fille!
—Votre fille! la reine des mystères! répond l'Indien tremblant pour sa vie, mais résistant encore à la menace. Non, homme blanc, non, elle n'est pas votre fille, la reine est des nôtres. C'est la fille du Soleil; c'est l'enfant d'un chef des Navajoes!