—Et ils le haïssent, je suppose?

—Lui et les siens. Dieu sait s'ils ont raison.

—Pourquoi donc alors ne se révoltent-ils pas?

—Cela leur arrive quelquefois. Mais que peuvent faire ces malheureux? Comme tous les tyrans, il a su les diviser et semer entre eux des haines irréconciliables.

—Mais il ne me semblait pas qu'il ait une armée bien formidable: il n'a point de gardes du corps.

—Des gardes du corps, s'écria Saint-Vrain en m'interrompant. Regardez dehors les voilà, ses gardes du corps.

Indios bravos! les Navajoes! exclama Godé au même instant.

Je regardai dans la rue. Une demi-douzaine d'Indiens drapés dans des sérapés rayés passaient devant l'auberge. Leurs regards sauvages, leur démarche lente et fière, les faisaient facilement distinguer des indios manzos, des pueblos, porteurs d'eau et bûcherons.

—Sont-ce des Navajoes? demandai-je.

—Oui, monsieur, oui, reprit Godé avec quelque animation. Sacrr…! des
Navajoes, de véritables et damnés Navajoes!