—Il n'y a pas à s'y tromper, ajouta Saint-Vrain.

—Mais les Navajoes sont les ennemis déclarés des Nouveaux-Mexicains.
Comment sont-ils ici? prisonniers?

—Ont-ils l'air de prisonniers?

Certes, on ne pouvait apercevoir aucun indice de captivité ni dans leurs regards ni dans leurs allures. Ils marchaient fièrement le long du mur, lançant de temps à antre sur les passants un coup d'oeil sauvage, hautain et méprisant.

—Pourquoi sont-ils ici alors? Leur pays est bien loin vers l'ouest.

—C'est là un de ces mystères du Nouveau-Mexique sur lesquels je vous donnerai quelques éclaircissements une autre fois. Ils sont maintenant sous la protection d'un traité de paix qui les lie, tant qu'il ne leur convient pas de le rompre. Quant à présent, ils sont aussi libres ici que vous et moi; que dis-je? ils le sont bien davantage. Je ne serais point surpris de les rencontrer ce soir au fandango.

—J'ai entendu dire que les Navajoes étaient cannibales?

—C'est la vérité. Observez-les un instant! Regardez comme ils couvent des yeux ce petit garçon joufflu, qui paraît instinctivement en avoir peur. Il est heureux pour ce petit drôle qu'il fasse grand jour, sans cela il pourrait bien être étranglé sous une de ces couvertures rayées.

—Parlez-vous sérieusement, Saint-Vrain!

—Sur ma parole; je ne plaisante pas! Si je me trompe, Godé en sait assez pour pouvoir confirmer ce que j'avance, Eh! voyageur?