—C'est vrai, monsieur. J'ai été prisonnier dans la Nation: non pas chez les Navagh, mais chez les damnés d'Apaches. C'est la même chose, pendant trois mois. J'ai vu les sauvages manger,—eat,—un, deux trie, trie enfants rôtis, comme si c'étaient des bosses de buffles. C'est vrai, monsieur, c'est très-vrai.

—C'est la vraie vérité: les Apaches et les Navajoes enlèvent des enfants dans la vallée, ici, lors de leurs grandes expéditions; et ceux qui ont été à même de s'en instruire assurent qu'ils les font rôtir. Est-ce pour les offrir en sacrifice au dieu féroce Quetzalcoatl? est-ce par goût pour la chair humaine? c'est ce qu'on n'a pas encore bien pu vérifier. Bien peu parmi ceux qui ont visité leurs villes ont eu, comme Godé, la chance d'en sortir. Pas un homme de ces pays ne s'aventure à traverser la sierra de l'ouest.

—Et comment avez-vous fait, monsieur Godé pour sauver votre chevelure?

—Comment, monsieur? Parce que je n'en ai pas. Je ne peux pas être scalpé. Ce que les trappeurs yankees appellent hur, ma chevelure, est de la fabrication d'un barbier de Saint-Louis. Voilà, monsieur.

En disant cela, le Canadien ôta sa casquette, et, avec elle, ce que jusqu'à ce moment j'avais pris pour une magnifique chevelure bouclée, c'était une perruque.

—Maintenant, messieurs, s'écria-t-il d'un ton de bonne humeur, comment ces sauvages pourraient-ils prendre mon scalp? Les Indiens damnés n'en toucheront pas la prime, sacr-r-r…!

Saint-Vrain et moi ne pûmes nous empêcher de rire à la transformation comique de la figure du Canadien.

—Allons, Godé! le moins que vous puissiez faire après cela, c'est de boire un coup. Tenez, servez-vous.

—Très-obligé, monsieur Saint-Vrain, je vous remercie.

Et le voyageur, toujours altéré avala le nectar d'el Paso comme il eût fait d'une tasse de lait.