-Une vingtaine environ.

—Sont-ils sur vos talons?

—Non.

—Dans combien de temps pourront-ils arriver?

—Ils sont à trois milles, avec des chevaux fatigués, comme vous pouvez l'imaginer.

—Trois quarts d'heure, une demi-heure, tout au moins. Venez! nous avons le temps d'aller là-bas et de tout préparer pour les bien recevoir. Rubé! restez-là avec les autres; nous serons revenus avant qu'ils arrivent, Venez, Haller! venez!

Je suivis mon excellent ami, qui me conduisit à la source. Là, je trouvai l'armée; elle en avait bien la physionomie, car deux ou trois cents hommes étaient en uniforme; c'étaient les volontaires de Chihuahua et d'El Paso. La dernière incursion des Indiens avait porté au comble l'exaspération des habitants, et cet armement inaccoutumé en était la conséquence. Séguin, avec le reste de sa bande, avait rencontré les volontaires à El Paso, et les avait conduits en toute hâte sur les traces des Navajoès. C'est par lui que Saint-Vrain avait su que j'étais prisonnier, et celui-ci, dans l'espoir de me délivrer, s'était joint à l'expédition avec environ quarante ou cinquante des employés de la caravane. La plupart des hommes de la bande de Séguin avaient échappé au combat de la barranca; j'appris avec plaisir qu'El Sol et la Luna étaient du nombre. Ils accompagnaient Séguin, et je les trouvai dans sa tente.

Séguin m'accueillit comme on accueille le porteur d'heureuses nouvelles. Elles étaient sauves encore. Ce fut tout ce que je pus lui dire, et tout ce qu'il voulait savoir. Nous n'avions pas de temps à perdre en vaines paroles.

Cent hommes montèrent immédiatement à cheval et se dirigèrent vers la ravine. En arrivant à l'avant-poste, ils conduisirent leurs chevaux derrière les rochers et se mirent en embuscade.

L'ordre était de prendre tous les Indiens, morts ou vifs. On avait pour instructions de laisser l'ennemi s'engager dans la ravine jusqu'au delà de l'embuscade, de le suivre jusqu'en vue du corps d'armée et de le prendre ainsi entre deux feux.