Et Saint-Vrain éclata de rire en me voyant vêtu d'un habit bleu et d'un pantalon noir assez bien conservés.

—Eh! mais sans doute, répondis-je en le regardant, et qu'y trouvez-vous à redire?—Mais est-ce là votre habit de bal, à vous?

Mon ami n'avait rien changé à son costume; il portait sa blouse de chasse frangée, ses guêtres, sa ceinture, son couteau et ses pistolets.

—Oui, mon cher dandy, ceci est mon habit de bal; il n'y manque rien, et si vous voulez m'en croire, vous allez remettre ce que vous avez ôté. Voyez-vous un ceinturon et un couteau autour de ce bel habit bleu à longues basques! Ha! ha! ha!

—Mais quel besoin de prendre ceinturon et couteau? Vous n'allez pas, peut-être, entrer dans une salle de bal avec vos pistolets à la ceinture?

—Et de quelle autre manière voulez-vous que je les porte? dans mes mains?

—Laissez-les ici.

—Ha! ha! cela ferait une belle affaire! Non, non. Un bon averti en vaut deux. Vous ne trouverez pas un cavalier qui consente à aller à un fandango de Santa-Fé sans ses pistolets à six coups. Allons, remettez votre blouse, couvrez vos jambes comme elles l'étaient, et bouclez-moi cela autour de vous. C'est le costume de bal de ce pays-ci.

—Du moment que vous m'affirmez que je serai ainsi comme il faut, ça me va.

—Je ne voudrais pas y aller en habit bleu, je vous le jure.