—Écoutez-moi, monsieur, criai-je en me plaçant résolument devant lui. J'ai conquis l'amour de votre fille; je lui ai donné tout le mien en échange. Nous sommes du même rang, de la même condition. Quel crime ai-je donc commis? En quoi vous ai-je offensé?

Il me regarda quelques instants sans faire aucune réponse.

—Vous seriez donc disposé à l'épouser? me dit-il enfin, avec un changement évident de ton.

—Si j'avais laissé cet amour se développer ainsi sans avoir cette intention, j'aurais mérité tous vos reproches. J'aurais traîtreusement abusé de cette enfant, comme vous l'avez dit.

—M'épouser! s'écria Zoé, avec un air de profonde surprise.

—Écoutez! la pauvre enfant! elle ne sait pas même ce que ce mot veut dire!

—Oui, charmante Zoé! je vous épouserai; autrement mon coeur, comme le vôtre, serait brisé pour jamais!

—Oh! monsieur!

—C'est bien, monsieur, assez pour l'instant. Vous avez conquis cette enfant sur elle-même; il vous reste à la conquérir sur moi. Je veux sonder la profondeur de votre attachement. Je veux vous soumettre à une épreuve.

—J'accepte toutes les épreuves que vous voudrez m'imposer.